Bonjour,
au menu de cette nouvelle lettre d’information, vous trouverez également : la politique migratoire allemande entre main tendue et durcissement, les difficultés des Verts, les Afro-Allemands longtemps ignorés, la dernière place de l’Allemagne à l’Eurovision et la visite d’Etat de Macron attendue début juillet.
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Les relations entre l’Allemagne et l’Ukraine n’ont pas été simples durant les premiers mois qui ont suivi le début de la guerre. Kiev a longtemps critiqué le manque d’empressement de Berlin à soutenir l’effort de guerre, notamment avec des livraisons d’armes. Les 5000 casques promis initialement par la ministre de la Défense de l’époque sont entrées dans les annales comme exemple phare des réticences allemandes.
A ces positions timorées s’ajoutait un passif aux yeux de l’Ukraine, celui des relations germano-russes des deux dernières décennies durant lesquelles Berlin aurait fait preuve de trop de compréhension pour Moscou. Le gazoduc Nord Stream 2 symbolise cette politique. En avril 2022, le président Frank-Walter Steinmeier avait été déclaré persona non grata à Kiev et avait dû renoncer à un déplacement commun en Ukraine avec d’autres responsables européens. Les voyages à l’étranger de Volodymyr Zelensky ces derniers mois ne l’avaient pas mené en Allemagne malgré l’importance de ce pays.
"Merci l'Allemagne" titre le quotidien "Bild Zeitung" et publie une photo du chaleureux message de Zelensky dans le livre d'or de la présidence de la république allemande.
Un an après, le ton est très différent et cette visite devait aussi symboliser le réchauffement des relations bilatérales. Le message du président Zelensky, rédigé sous les yeux de son homologue Steinmeier (voir ci-dessus), comme ses remerciements aux côtés du chancelier lors d’une conférence de presse plus tard illustrent ce réchauffement : “Merci cher Olaf, à toi et au peuple allemand pour chaque vie ukrainienne sauvée”. Volodymyr Zelensky a remercié son hôte pour l’accueil de nombreux de ses concitoyens (l’Allemagne abrite aujourd’hui le plus grand nombre d’Ukrainiens devant la Pologne avec un peu plus d’un million de personnes). Zelensky a aussi salué le soutien militaire de l’Allemagne, deuxième contributeur après les Etats-Unis. La veille de cette visite longtemps attendue, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, avait annoncé un paquet de 2,7 milliards d’Euros d’armements ce qui double le soutien de Berlin depuis le début de la guerre. Des chars Leopard, des véhicules blindés, des munitions, des systèmes anti-aériens Iris-T qui ont déjà fait leur preuve sur le terrain figurent parmi ces livraisons prévues pour les prochaines semaines et les prochains mois.
Après Berlin, Volodymyr Zelensky s’est rendu à Aix-la-Chapelle où le prestigieux prix Charlemagne qui récompense des personnalités européennes lui a été remis. Jean Monnet, Helmut Kohl, François Mitterrand ou plus récemment Emmanuel Macron l’ont reçu dans le passé. Une cérémonie des plus symboliques pour mettre en exergue la solidarité de l’Europe avec un pays agressé -”L’Ukraine fait partie de la famille européenne” a ainsi déclaré Olaf Scholz sur place dans son discours.
Immigration : l’Allemagne entre main tendue et durcissement
Pas toujours évident de comprendre la politique migratoire allemande. Responsables politiques, experts, milieux économiques répètent en permanence que le pays manque de main d’oeuvre qualifiée. Une nouvelle loi doit permettre d’accélérer la venue d’une immigration choisie dont le pays a cruellement besoin. D’un autre côté, l’accueil de nombreux migrants crée des difficultés parfois insolubles pour de nombreuses communes en charge de leur hébergement. Le gouvernement envisage de durcir sa politique migratoire
"Musée de l'histoire des migrations"
Mercredi dernier, un sommet réunissait à la chancellerie Olaf Scholz et les patrons des seize régions allemandes. Objectif : réagir aux demandes des collectivités locales qui réclament plus d’argent de Berlin pour la prise en charge des migrants dans les communes. Le Bund a longtemps fait la sourde oreille. Lors d’une précédente rencontre, l’Etat fédéral a rejeté peu diplomatiquement les demandes des régions. Mais la pression a continué à monter. Sur les quatre premiers mois de l’année, 100 000 demandes d’asile ont été déposées soit une hausse de 80% par rapport à la même période de 2022. Un million d’Ukrainiens (qui juridiquement bénéficient d’un autre statut) vivent aujourd’hui en Allemagne. Certains tablent sur 300 000 demandes d’asile pour cette année.
Sous pression, Berlin a dû mettre la main au porte-monnaie et versera un milliard d’Euros supplémentaires aux régions qui redistribueront cette somme aux communes. On est loin des 2,5 milliards réclamés par les Länder. L’Etat fédéral a gagné un peu de temps car une réforme du mode de financement pourrait être mise en place. Au lieu d’un système forfaitaire impliquant des révisions régulières et des négociations tendues, un modèle dans lequel le soutien de l’Etat fédéral varierait de façon flexible en fonction du nombre de migrants dans les régions est à l’étude.
"En finir avec le "Wir schaffen das" de Merkel ?"
Face aux difficultés d’hébergement de ces migrants, l’Allemagne pourrait remettre en cause sa politique migratoire plus généreuse que celle de nombreux de ces voisins en Europe. Un durcissement des procédures en interne comme un soutien à une réforme du droit d’asile en Eurpe sont envisagés. Les sociaux-démocrates (avec des bémols) et les libéraux y sont favorables; les Verts traditionnellement favorables à une immigration généreuse semblent prêts à sacrifier quelques principes mais cette évolution suscite de nombreux débats dans leurs rangs.
La ministre de l’Intérieur, la sociale-démocrate Nancy Faeser, plaide pour des centres d’arrivée des demandeurs d’asile à l’extérieur de l’Union européenne pour les personnes venant de pays dont les dossiers ont statistiquement peu de chances d’être couronnés de succès (Géorgie, Moldavie, Bosnie, Serbie, Algérie, Maroc, Tunisie). Leur expulsion pourrait être plus simple que s’ils entraient sur le territoire européen. 80% des Allemands d’après un récent sondage ARD soutiennent une telle réforme.
Les Verts sur la défensive
Les écologistes Allemands affrontent un vent mauvais. Ils sont retombés dans plusieurs sondages au niveau (décevant) de leurs résultats au soir des législatives de septembre 2021 (14,8%). Les élections régionales de dimanche à Brême, une ville-Etat où les écologistes sont traditionnellement forts, constituent un échec cinglant. Le parti perd y perd plus de cinq points et n’a obtenu que 12% des voix. Bien sûr, des contingences régionales peuvent expliquer ce mauvais résultat; mais il tombe mal pour le parti sur la défensive.
sondage national
Si le ministre de l’Economie et du Climat, le vert Robert Habeck a longtemps été le chouchou des sondages avec sa camarade de parti et cheffe de la diplomatie allemande, Annalena Baerbock, celui qui gère le difficile tournant énergétique est de plus en plus attaqué. La loi qui prévoit que les chauffages installés à partir de 2024 devront utiliser au moins deux tiers d’énergies renouvelables fait des vagues. Au sein même de la coalition, les libéraux la critiquent. La CDU a lancé une campagne contre le projet dont elle dénonce le coût pour les particuliers. La presse populaire du groupe Springer est vent debout.
Le siège de la CDU à Berlin
Les débats houleux autour de ce projet qui parlent à l’Allemand moyen et à son portefeuille suscitent des inquiétudes légitimes et constituent un nouveau filon pour l’extrême-droite qui ne manque jamais d’exploiter les émotions à des fins populistes. Le parti AfD est au plus haut dans les sondages. Il est en tête dans ses fiefs de la partie Est du pays où plusieurs élections sont attendues l’an prochain.
Economie
-En Allemagne, ce pays où une grève n’est jamais sûre, le débrayage le plus long depuis trente ans prévu initialement durant 50 heures à la Deutsche Bahn n’a pas eu lieu. 24 heures avant le début de la grève dimanche soir, la justice, saisie par l’entreprise, est parvenue à un compromis. La Deutsche Bahn et le syndicat EVG doivent se retrouver ce mercredi pour un nouveau round de négociations.
"Grève de 50 heures chez Deutsche Bahn" à la une de l'édition de vendredi dernier
L’organisation réclame une hausse de 12% des salaires des 230 000 salariés, victimes comme leurs concitoyens de l’inflation et une hausse d’au moins 650 Euros bruts par mois. La dernière offre de Deutsche Bahn n’était pas si éloignée que cela des demandes du syndicat. Un accord reste donc possible.
-Berlin envisage de bloquer jusqu’en 2030 les prix de l’électricité pour les industries les plus énergivores frappées par les hausses de leurs coûts afin d’éviter des délocalisations. Un document de travail du ministère de l’Economie prévoit un prix maximum de 6 centimes par kWh pour 80% de l’électricité consommée par ces entreprises.
-L’aide de l’Etat à Lufthansa durant la pandémie censurée par la cour européenne de Justice. Les juges ont donné raison aux concurrents de la compagnie aérienne allemande, Ryanair et Condor. Cette décision n’a pas de conséquence. D’abord, le recours avait été formulé contre la commission européenne qui avait autorisé les subventions et non contre Lufthansa ou l’Etat allemand. Et la compagnie aérienne a déjà remboursé les aides reçues de Berlin.
-L’Allemagne donne son feu vert final à la prise de participation du Chinois Cosco dans le port de Hambourg. La décision initiale prise à l’automne dernier avait dû être rééxaminée car le terminal en question a depuis été classé comme “infrastructure critique”. L’investissement minoritaire reste fixé à 25%. Cette prise de participation avait causé des débats à l’automne dernier à un moment où l’Allemagne y regarde de plus près avant d’accepter de telles opérations.
-infrastructures allemandes : peut mieux faire. La destruction d’un pont autoroutier fermé à la circulation depuis la fin 2021 a produit de belles images pour les médias. Mais le nuage de poussière met aussi en exergue la vétusté de certaines infrastructures allemandes pour lesquelles les investissements ont longtemps été insuffisants, régle d’or oblige. 4000 ponts autoroutiers doivent être assainis.
"Ce pont tient encore pour quelques années. Bonne route !"
Histoire
-débats autour de la restitution des bronzes du Bénin : le passé colonial de l’Allemagne est longtemps resté peu connu en raison de la prédominance du travail de mémoire autour du Troisième Reich. Mais les choses changent depuis quelques années. Comme dans d’autres pays, la restitution d’oeuvres d’art spoliées originaires d’Afrique ou d’autres continents fait débat. L’Allemagne a conclu l’an dernier un accord avec le Nigéria sur la restitution des fameux bronzes du Bénin qui se trouvaient dans les collections des musées germaniques. Certains resteront sur la durée prêtés à ces mêmes établissements. D’autres ont déjà été rapatriés en Afrique à la fin de l’année dernière. Mais le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a remis ces objets à Oba Ewuare II, l'actuel chef de la famille qui régnait sur le royaume de Benin City au moment où ces objets ont été pillés par l'empire colonial britannique à la fin du 19ème siècle. Ils pourraient ne pas être exposés. A Berlin, un débat sur le bien fondé des restitutions se développe. Les autorités estiment que les derniers développements ne remettent pas en cause la nécessité morale et juridique de procéder à la restitution des oeuvres.
-L’histoire des Afro-Allemands constitue, elle aussi, un chapitre peu connu. Beaucoup songent avant tout aux enfants des relations nées après la guerre entre des soldats américains et des femmes allemandes. Mais on sait moins que la présence de personnes noires en Allemagne est bien antérieure. Dès le 18ème siècle, le plus souvent auprès des cours des royaumes dont était composé le pays. Mais c’est surtout avec le partage de l’Afrique en 1884 et la création de colonies allemandes que ce phénomène a pris de l’importance. Une exposition dans le musée d’arrondissement de Schöneberg-Tempelhof à Berlin raconte le destin sur plusieurs générations de la famille Diek qui début en 1891 avec l’arrivée à Hambourg du Camerounais Mandenga Diek. Et à travers cette histoire, celle des Afro-Allemands à travers les décennies. aktuell_schoeneberg.html
Le petits-fils de Zoya Aqua-Kauffmann, Daniel Lienicke, présente les pavés honorant son père et sa grand-mère.
L’organisation “Stolpersteine” (mot à mot “pavé sur lequel on bute”) a déjà posé 100 000 pavés de la mémoire en Allemagne et en Europe. Ils rappellent devant l’ancien domicile des personnes concernées la mémoire de victimes des persécutions nazies. Les juifs constituent bien sûr le groupe le plus important mais d’autres sont aussi honorés. C’est le cas d’Afro-Allemands, discriminés, persécutés parfois stérilisés par le régime nazi. Une pose de deux pavés a eu lieu samedi à Berlin. J’y ai assisté : https://www.rfi.fr/fr/europe/20230514-deux-pav%C3%A9s-de-la-m%C3%A9moire-rendent-hommage-%C3%A0-zoya-aqua-kaufmann-afro-allemande-victime-du-r%C3%A9gime-nazi
Un documentaire sur les Afro-Allemands est actuellement disponible dans la médiathèque d’Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/097886-061-A/l-histoire-meconnue-des-afro-allemands/
Culture
-Lost in Eurovision - l’Allemagne zéro points
Décidément, l’Eurovision Song Contest a un goût amer pour l’Allemagne à nouveau bonne dernière samedi soir. Un groupe de rock hambourgeois Lord of the Lord avait été sélectionné. Mais le succès ne fut pas au rendez-vous. https://www.eurovision.de/news/Deutschlands-ESC-Act-2023-Lord-Of-The-Lost-werden-Letzte,deutschland1838.html
"Mais pourquoi est-ce que nous nous infligeons ça ?" se demande le quotidien "Bild"
Une défaite que l’humoriste Jan Böhmermann avait annoncé dans une chanson plus qu’incisive : https://www.youtube.com/watch?v=_zfnlkiPCVA
-les Césars allemands, les Lolas, décernées vendredi dernier. Le grand gagnant attendu est la production de Netflix “A l’Ouest rien de nouveau”. L’adaptation du roman pacifiste de Erich Maria Remarque qui avait déjà raflé plusieurs Oscars a été la grande gagnante de la soirée avec neuf récompenses. Le Lola d’or est en revanche allé au film “Das Lehrerzimmer” (“la salle des profs”).
-festival de Cannes, un cru allemand?
Sur deux pages, le quotidien populaire “Bild” nous expliquait dimanche que Cannes n’a jamais été aussi allemand. Il faut dire que la Croisette a longtemps boudé le cinéma germanique. La nouvelle présidente du festival Iris Knobloch est une Munichoise (et la fille de l'ancienne présidente du conseil central des juifs d'Allemagne). L’actrice Paula Beer est membre du jury. Sandra Hüller joue le rôle principal dans deux films. La jeune Pauline Pollmann interprète Marie-Antoinette dans le film d'ouverture aux côtés de Johnny Depp "Jeanne du Barry". Et Wim Wenders, Monsieur “Ailes du désir”, présente deux films.
Rubrique people
-Emmanuel Macron en visite d’Etat en Allemagne du 2 au 4 juillet : il s’agira d’une première après 23 ans. Le dernier président français à avoir effectué un tel déplacement au rang diplomatique plus élevé fut Jacques Chirac en 2000. Le chef de l’Etat français rencontrera son homologue Frank-Walter Steinmeier (voir gazouillis de sa porte-parole ci-dessous) mais aussi bien sûr le chancelier Olaf Scholz. Ce voyage l’amènera à Berlin. La Saxe, dans la partie Est du pays, pourrait aussi être au menu de ce déplacement. On évoque également l’institut allemand de Ludwigsburg qui fête son 75 ème anniversaire. C’est là que de Gaulle s’était adressé dans un discours à la jeunesse allemande. A l’époque, dans la langue de Goethe. https://www.youtube.com/watch?v=C-ThU4NG9EU
-Armin Laschet commandeur de la Légion d’honneur
La journée de l’Europe, le 9 mai, avait été choisie pour honorer le chrétien-démocrate qui a été ministre-président de la Rhénanie du Nord Wespthalie. A ce titre, il occupa les fonctions de plénipotentiaire pour les relations culturelles franco-allemandes, un poste qui a rang ministériel de ce côté ci du Rhin. Armin Laschet, Européen convaincu, fut aussi brièvement le président de la CDU et le candidat malheureux de son parti à la chancellerie en 2021. Il a reçu sa décoration des mains de l’ambassadeur de France en Allemagne François Delattre.
-le gazier Gerhard Schröder était le même jour à quelques pas de là à l’ambassade de Russie pour les commémorations de la fin de la seconde guerre mondiale. L’ex-chancelier a pu savourer la compagnie de l’ancien numéro un est-allemand Egon Krenz et de dignitaires du parti d’extrême-droite AfD. La visite a fait polémique mais n’aura pas de conséquence pour Schröder. Sa femme qui l’accompagnait vient en revanche d’être licenciée par son entreprise. La visite faisait mauvais genre.
Un caricaturiste propose une solution pragmatique à Gerhard Schröder dont le recours pour récupérer ses bureaux d’ancien chancelier que le Bundestag a été rejeté.
"Dans les jardins de l'ambassade de Russie"
Si l’ex-chancelier est devenu un paria au sein de son parti, le SPD n’a pas réussi à se débarrasser de ce membre encombrant. Les demandes d’exclusion formulées par différentes sections sociales-démocrates ont été rejetées hier en dernière instance.
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