Kessel

Retraites : la réforme Kapital

La coalition du chancelier Merz avait vacillé à l'automne dernier en raison d'une modeste réforme des retraites. Quelques mois plus tard, une commission présente des propositions ambitieuses que le gouvernement veut appliquer rapidement. Un résultat qui tranche avec les blocages au sein de la coalition. Un tournant majeur est-il à l'ordre du jour ?

Lettre d'Allemagne
9 min ⋅ 28/06/2026

Les commissions sur les retraites ne sont pas une nouveauté. Mais trouver un accord sur un sujet aussi complexe n’est pas simple. Le dernier exemple du genre en 2020 s’est terminé sur une impasse. La nouvelle commission mise en place était composée d’experts mais aussi de trois élus représentant les partis au pouvoir -CDU, CSU et SPD. La présence au sein de cette instance d’un chrétien-démocrate qui faisait partie des ”rebelles” à l’automne dernier contre un projet qui à ses yeux se faisait sur le dos de la jeune génération et d’une représentante de l’aile gauche des sociaux-démocrates n’augurait pas d’un résultat positif.

Pourtant, le temps presse pour ne plus se contenter de corrections cosmétiques mais accoucher d’une réforme “bismarckienne”. L’Allemagne vieillit et le système par répartition est menacé. L’office des statistiques a rappelé la semaine dernière que d’ici 2040 30% des personnes aujourd’hui actives seraient en retraite. L’Allemagne a enregistré l’an dernier pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale un recul (symbolique) de sa population dû à une baisse de l’immigration.


Le rapport de la commission remis par ses co-présidents (au centre) à Friedrich Merz et à la ministre des Affaires sociales Bärbel Bas (SPD)

Les 33 mesures proposées par la commission suggèrent de faire évoluer le système de retraites actuel vers un modèle à suédoise introduit à la fin des années 90 et qui prévoit un volet obligatoire de capitalisation. Peu après cette reforme scandinave, le gouvernement allemand sous le chancelier Gerhard Schröder avait présenté un modèle fondé sur le volontariat mais qui n’a pas tenu ses promesses.

La version retenue par la commission la semaine dernière implique une cotisation fixée dans un premier temps à 0,5% du salaire brut avant d’augmenter jusqu’à 2% d’ici 2031. Elle serait financée à parité comme les cotisations retraite traditionnelles par les salariés et les employeurs. L’argent récolté serait géré par un fonds public et placé sur les marchés financiers. Malgré la hausse des prélèvements, cette solution a pour but de permettre à terme une augmentation du niveau des retraites.

Malgré la recommandation unanime de la commission que le gouvernement souhaite reprendre à son compte -comme les autres réformes proposées-, des oppositions se font entendre. L’équivalent du MEDEF critique la solution obligatoire retenue et la création d’un fonds public. Il plaide pour le volontariat et des retraites complémentaires d’entreprises. Ce dernier modèle est également privilégié par les syndicats. En revanche, la fédération allemande de l’industrie BDI comme de puissantes fédérations comme celle de la machine-outils soutiennent la proposition de la commission sur les retraites.

Friedrich Merz à l’adresse du vice-chancelier Klingbeil (SPD) :
“Lars, nous avons une chance si nous faisons adopter nos réformes pendant que les gens ne pensent qu’au mondial… mais nous n’avons que deux semaines avant que les Français ne nous battent”

La commission propose également un allongement de la vie active en indexant l’âge légal de départ à la retraite (67 ans d’ici 2031) sur l’espérance de vie. Cette disposition pourrait conduire à un allongement de la vie active de six mois par décennie.

La commission recommande également une suppression de la retraite anticipée sans décote après 45 ans de cotisations, une disposition baptisée dans le langage courant “retraite à 63 ans”. Cette remise en cause constitue un chiffon rouge pour les sociaux-démocrates qui avaient imposé cette mesure dans le passé. Conçue pour profiter aux personnes qui ont commencé à travailler tôt et exerçaient des métiers pénibles ne débouchant pas toujours sur des retraites importantes, cette disposition onéreuse a surtout profité aux bénéficiaires de hauts salaires dont les métiers n’étaient pas considérés comme physiquement pénibles. La commission, pour ne pas être accusée de laisser les actifs aux emplois pénibles sur la touche suggère une disposition particulière pour ceux qui ne pourront plus exercer leur métier pénible pour des raisons de santé.

La commission propose d’élargir la base des cotisants en intégrant au régime général des travailleurs indépendants ou les parlementaires. Les fonctionnaires qui bénéficient d’un régime spécial avec des retraites sensiblement plus généreuses seraient mis à contribution sans nécessairement intégrer le régime général. Le régime dérogatoire des “minijobs”, des contrats à temps partiel non soumis à des cotisations serait supprimé. Les secteurs qui en bénéficient comme les restaurants et les bars montent déjà sur les barricades.

“La plus grande réforme depuis des décennies (dixit le quotidien économique “Handelsblatt”) verra-t’elle le jour ? L’adoption unanime de ses conclusions par la commission est prometteuse comme les réactions à chaud du gouvernement qui veut traduire l’ensemble des réformes proposées en pratique. Friedrich Merz souhaite que cela soit réalisé d’ici la fin de l’année ce qui parait très ambitieux.

Si ces propositions d’envergure ne sont pas diluées et si la réforme ne se heurte pas à des résistances lors des débats parlementaires, quelles conséquences pourront avoir ces compromis importants sur la vie politique? Sur d’autres dossiers, la coalition au pouvoir a souvent brillé par ses disputes et des accords bancals. La réforme des retraites en l’état pourrait redorer l’image du gouvernement. Les propositions comparées à d’autres (sécurité sociale, assurance dépendance…) ne signifient pas pour l’Allemand moyen des économies et des pilules difficiles à avaler. Au contraire, à terme, le niveau actuel des retraites serait stabilisé voire augmenterait.

Au menu également de cette “Lettre d’Allemagne” : des nouvelles du landerneau politique avec le congrès de Die Linke, de la très scandaleuse AfD, le premier mariage gay au Bundestag et Merkel qui se fait tirer le portrait par un artiste franco-allemand; Défense : le crash du Scaf et d’autres projets franco-allemands; Economie : un nouveau plan massif de réduction d’emplois chez Volkswagen et une panne géante chez Deutsche Bahn; le mondial vu d’Allemagne et le hit de l’été “Du bist gut genug!”

-Coup de barre à gauche chez Die Linke et turbulences collatérales

Le parti revient de loin. Avant les dernières élections générales de février 2025, il était donné pour moribond et sa présence au Bundestag n’était pas assurée. Finalement, Die Linke a réalisé un excellent score avec 8,8%. Depuis, le mouvement a enregistré différents succès et profité également du recul du mouvement BSW de Sahra Wagenknecht. Lorsque cette dernière a quitté Die Linke fin 2023, le parti comptait 50 000 membres contre… 125 000 aujourd’hui. Ce développement spectaculaire a conduit à un profond rajeunissement du parti. Beaucoup de ses nouveaux adhérents sont plus jeunes, plutôt à l’Ouest et plus radicaux.


Le nouveau co-président de Die Linke Luigi Pantisano

Cela s’illustre notamment sur le conflit au Moyen-Orient. Lors du congrès du week-end dernier à Potsdam, Die Linke a dénoncé le “génocide” qu’Israël est accusé de perpétrer à Gaza. L’ancienne direction du mouvement avait une position moins radicale. Après le 7 octobre 2023, des représentants connus du parti à Berlin avaient claqué la porte du mouvement dénonçant des tendances antisémites.

Die Linke a élu un nouveau co-président, Luigi Pantisano, à sa tête. Aux côtés de la Berlinoise Iris Schwerdtner, ce fils de modestes immigrés italiens va diriger le parti à l’avenir. Mais son élection fut laborieuse. Alors que sa collègue a été réélue avec 85% des voix, Pantisano a failli échouer avec un score maigrichon de 53% qui souligne qu’il est loin de convaincre une large majorité de son mouvement. Une interview en amont du congrès a fait le buzz. Le député au Bundestag déclarait : “A l’arrivée, il n’y a aucune différence entre les chrétiens-démocrates qui font une politique fasciste et l’AfD ou les fascistes eux mêmes”. En début de semaine, le nouveau président de Die Linke a présenté ses excuses au parti de Friedrich Merz. Ces propos radicaux avaient par ailleurs irrité les camarades de Pantisano dans l’Est de l’Allemagne où les scores records de l’AfD impliqueront sans doute que le mouvement collabore avec la CDU pour empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite.

-L’AfD aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt

Le parti frôle la barre des 30% dans les sondages nationaux et pourrait être en mesure d’accéder pour la première fois au pouvoir dans une région allemande. En Saxe-Anhalt, dans la partie Est du pays où le mouvement devance de très loin ses concurrents, l’AfD était récemment créditée de 42% des intentions de vote. Il manque très peu au parti pour disposer d’une majorité en sièges au sein du parlement régional.


Déjà, les spéculations vont bon train sur un “coup de main” électoral que pourrait apporter le petit mouvement BSW s’il franchissait la barre des 5% et était représenté à la diète régionale au soir du 6 septembre. Une autre option, si l’AfD ne devait pas à l’arrivée disposer d’une majorité en sièges, obtenir le soutien de quelques élus chrétiens-démocrates rompant avec le cordon sanitaire officiel prôné par leur direction.

Un cliché montrant la tête de lice de l’AfD en Saxe-Anhalt Ulrich Siegmund (à gauche) dans une pose très amicale aux côtés du président du groupe parlementaire CDU au parlement régional a beaucoup fait jasé. Ce dernier qu’il n’y avait aucune connivence à voir dans cette photo qu’il expliquait par la nécessité de partager un micro avec son voisin lors d’un débat.

Un autre cliché datent lui de 2020 a fait la semaine dernière beaucoup plus désordre. Il montre le président de la fédération de l’AfD en Saxe-Anhalt Martin Reichardt faisant ce qui ressemble étrangement à un salut nazi (un site satirique ironisait cependant sur un amateur qui n’est même pas capable d’utiliser à cette fin le bon bras). L’intéressé comme d’autres responsables du mouvement d’extrême-droite dénonce une publication destinée à lui nuire avant les prochaines élections et évoque une farce sans arrière-plan politique. A gauche, d’aucuns réclament la démission de l’intéressé par ailleurs député au Bundestag. Mais on peut douter que cette affaire ait une quelconque conséquence lors de la campagne à venir. Les nombreux scandales qui ont secoué l’AfD n’ont jamais vraiment nui à son engouement auprès des électeurs.

C’est dans cette atmosphère surchauffée que se tient le week-end prochain le congrès de l’AfD à Erfurt en Thuringe où des dizaines de milliers de contre-manifestants sont attendus. Il y a quelques jours, une ONG engagée en faveur de la défense des droits fondamentaux a présenté un rapport détaillé estimant que les conditions étaient réunies pour une procédure d’interdiction de l’AfD. Les experts estiment que le parti remet en cause les principes démocratiques et la dignité humaine notamment en s’attaquant de façon radicale à ses adversaires politiques. Le rapport de 1500 pages a passé au crible trois millions de publications sur les réseaux sociaux, près de 80 000 documents du Bundestag et des parlements régionaux, 50 000 communiqués de presse et 30 programmes électoraux.

Une procédure d’interdiction d’un parti ne peut être initiée en Allemagne que par les deux chambres du parlement et le gouvernement qui saisissent la cour constitutionnelle. Si des élus de gauche plaident pour une telle démarche, les chrétiens-démocrates s’y opposent estimant qu’un échec serait possible ce qui constituerait une victoire de poids pour l’AfD.

Le premier mariage gay au Bundestag

Si la présence de personnes queer au parlement allemand n’est pas une nouveauté, c’est la première fois que deux élus du même sexe se marient. S’il s’agit d’un mariage Est-Ouest -Sepp Müller à gauche est né quelques mois avant la chute du mur dans l’ex-RDA et Wolfgang Stefinger est un Munichois-, les deux parlementaires appartiennent à la même famille politique. Sepp Müller est membre de la CDU et vice-président du groupe parlementaire chrétien-démocrate au Bundestag. Wolfgang Stefinger est lui membre de la CSU bavaroise

Un artiste franco-allemand peint le portrait officiel d’Angela Merkel

Il aura fallu cinq ans après le départ de l’ancienne chancelière du pouvoir pour que son portrait orne le bâtiment où elle a officié durant seize ans. Il figurera à partir de l’automne à côté de celui de son prédécesseur Gerhard Schröder. Angela Merkel a pris son temps et s’est consacrée après son départ du pouvoir à l’écriture de ses mémoires.

Pour ce portrait, l’ex-chancelière n’a pas choisi une femme ou un peintre de l’ex-RDA, mais un jeune franco-germano-canadien Jérémie Queyras. Le jeune homme vit à Berlin et a proposé ses services à Angela Merkel qui a visiblement été séduite. On attend avec impatience de voir le résultat.

Défense : des projets franco-allemands aux succès variables

-la fin du Scaf : L'avion de combat franco-allemand ne verra pas le jour. En tout cas pas sous sa forme actuelle débattue entre Paris et Berlin depuis des années. Les deux gouvernements se sont mis d’accord sur cet abandon au début du mois.

Merz : "ça s’est mal passé, Emmanuel. Mais nous ferons mieux la prochaine fois pour faire avancer la coopération militaire européenne”

-la France et l’Allemagne partenaires à parts égales au sein de KNDS

Les deux pays disposeront à l’avenir chacun de 40% du capital du fabricant franco-allemand de canons et de blindés. Par cet accord, Berlin et Paris montrent, après l’échec du Scaf, que d’autres projets communs restent possibles.

Economie : automobile et ferroviaire en crise


“Volkswagen supprime 100 000 emplois”

D’après le périodique allemand “Manager Magazin”, le constructeur automobile envisagerait de supprimer non pas 50 000 emplois comme prévu jusqu’à présent mais le double. Un chiffre impressionnant rapporté au nombre de salariés dans le monde soit 657 000 personnes. Pire, quatre usines en Allemagne seraient abandonnées à terme, un tremblement de terre pour les régions concernées.

Ces informations, si elles sont avalisées lors d’une réunion du conseil de surveillance de l’entreprise du 9 juillet prochain, viendraient confirmer les difficultés lancinantes du groupe avec un recul sensible de ses ventes en Chine et aux Etats-Unis. Ces informations de presse non confirmées par la direction suscitent déjà de virulentes réactions parmi les responsables politiques des sites frappés comme de la part du syndicat IG Metall qui entend mobiliser contre de telles décisions. La mise en place d’un tel programme va se heurter au statut particulier de l’entreprise. La région de Basse-Saxe où se trouve le siège de Volkswagen dispose de 20% du capital du constructeur automobile et peut en s’alliant avec les représentant des salariés bloquer les décisions de la direction.

La Deutsche Bahn brille déjà depuis longtemps pour ses retards légendaires. Cette semaine, le remplacement d’un composant du système de communications a conduit à une panne géante. Les trains n’étant plus joignables, le trafic a dû être interrompu pour des raisons de sécurité sur l’ensemble du territoire allemand. Durant 90 minutes, plus rien ne circulait sur les 33 000 kilomètres du réseau ferré allemand.

Réunion de crise chez Deutsche Bahn : “Même les losers du gouvernement avec leur réforme des retraites montrent qu’ils peuvent encore faire bouger les choses. Il n’y a que chez nous que rien ne change”

Vous avez dit Mondial ?

La Mannschaft ne fait pas des étincelles et un match Allemagne/France fait déjà trembler en Germanie.

"Fantastique ! Nous joueurs peuvent tout faire ! Même perdre !”

A Berlin, la société des transports publics mobilise les troupes avec un jeu de mots Almanach Vermot qui orne quelques stations de métro. Pour les non germanophones, “Tor” signifie “porte” (en l’occurence de la ville autrefois) mais aussi “but”.

La politique n’est pas en reste. On a ainsi vu Friedrich Merz offrir à Donald Trump lors du sommet du G7 d’Evian un maillot de l’équipe nationale allemande frappé du numéro 47 pour le 47ème président des Etats-Unis. L’expression de l’intéressé tenant dans ses mains son cadeau d’anniversaire laisse songeur… .

Donald Trump ferait-il usage d’une disposition du code pénal allemand qui permet aux élus de poursuivre leurs concitoyens pour des critiques vénielles ? Sans doute. Cette disposition est de plus en plus critiquée car elle donne l’impression que les responsables politiques auraient besoin d’une protection particulière par rapport aux citoyens “ordinaires” et serait au dessus des lois.

“Monsieur le chancelier, quelqu’un sur Facebook vous traite de “Ronaldo de la CDU. C’est un compliment ou bien nous devons déposer plainte ?”

Culture

Wim Wenders retire son film critiqué par l’actrice Nastassja Kinski

Le réalisateur, un des plus grands noms du cinéma allemand, était de plus en plus sous pression. L'actrice Nastassja Kinski lui demandait de couper une scène du film Faux mouvement, sorti en 1975, où l'adolescente était à moitié nue. Le manque de réaction de Wenders avait suscité de nombreuses critiques. Le réalisateur a finalement réagi et retire provisoirement ce film.

« Elle aurait dû être mieux protégée. Je te demande pardon, Nastassja » : dans un communiqué, Wim Wenders a présenté ses excuses à l'actrice. Le réalisateur a annoncé que son film Faux mouvement serait retiré de toutes les plateformes de streaming.

Nastassja Kinski avait récemment affirmé dans la presse se battre depuis des années, en vain, pour que Wim Wenders coupe une scène du film de 1975. L'actrice, âgée à l'époque de 13 ans, y apparaissait seins nus, dans un lit où un homme adulte la rejoignait. « C'était mon premier film. Wenders était mon premier réalisateur et ne m'a pas protégée. Même si à cet âge, je ne comprenais pas grand-chose, c'était clair pour moi que ça n'était pas normal » expliquait récemment Nastassja Kinski, 65 ans, au quotidien Süddeutsche Zeitung.

Wim Wenders, 80 ans, était de plus en plus critiqué pour ne pas prendre une décision claire. La fondation qui gère les droits du film va engager un dialogue pour trouver une solution acceptée par toutes les parties, y compris Nastassja Kinski avant que le film ne soit à nouveau disponible. La très célèbre féministe Alice Schwarzer a une solution simple : « Wim, arrête de causer, agit et coupe enfin ces foutues deux minutes de ton film. »

Festival de Bayreuth : la colline verte et son passé brun

Une polémique est venue troubler le 150ème anniversaire du célèbre festival consacré aux opéras de Richard Wagner qui commence le 24 juillet. Sa directrice, Katharina Wagner, arrière-petite-fille du compositeur souhaite profiter de cet anniversaire pour "jeter un regard critique" sur l’histoire du festival et “aborder ouvertement les chapitres problématiques". Richard Wagner fut l’un des théoriciens les plus influents de l’antisémitisme culturel moderne. Ses héritiers n’étaient pas en reste, notamment sa belle-fille Winifred, qui dirigea le festival de 1930 à 1945. Elle était membre du parti nazi et amie personnelle d’Adolf Hitler — que les enfants Wagner appelaient « l’oncle Wolf ». Hitler, fervent admirateur de Wagner, fréquentait assidûment Bayreuth et en fit la vitrine lyrique du Reich. Les musiciens et chanteurs juifs furent congédiés. Puis déportés. Plusieurs périrent à Auschwitz.

L’intervenant prévu pour cette séquence mémorielle lors du 150ème anniversaire du festival, Michel Friedman, un intellectuel juif très connu a d’abord été remercié pour des raisons de sécurité. La réaction de l’intéressé fut cinglante. « Le sol de Bayreuth est contaminé », déclara-t-il au Süddeutsche Zeitung. Katharina Wagner s’est ensuite excusée avant de réinviter Michel Friedman.

Un mémorial inauguré à Berlin pour les Témoins de Jéhovah victimes du IIIème Reich

Après d’autres mémoriaux consacrés aux victimes juives et homosexuelles, à la communauté sinti et rom ou aux handicapés euthanasiés par le IIIème Reich, Berlin a inauguré la semaine dernière un monument à la mémoire des Témoins de Jéhovah persécutés par le régime nazi.

Ils étaient 25 000 en Allemagne au début des années 30 et furent interdits dès l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933. Ils ont opposé une résistance unanime et très forte au régime fondé sur leur foi en refusant le salut nazi, les serments au Führer ou la conscription. Sur les 14 000 Témoins de Jéhovah persécutés, 4200 furent déportés dans des camps de concentration et 1700 assassinés.

“Du bist gut genug!” : le hit allemand viral


Ca n'arrive pas tous les jours. L'Allemagne a non seulement un nouveau hit mais la chanson "du bist gut genug/tu es bien comme du es" séduit le monde entier et devient virale sur le net avec de nombreux memes et autres remix. La chanson allemande est en train de conquérir le monde. Un succès rarissime pour un texte dans cette langue. La video du groupe Blumengarten avec la rappeuse Shirin David a été vue huit millions de fois sur youtube en un mois. Elle est numéro un en Allemagne. Mais la chanson conquiert le monde notamment les Etats-Unis où des chanteurs connus comme la rappeuse Lizzo ou son collègue masculin Wiz Khalifa et d’autres l’entonnent. Mais les Américains ne traduisent pas « du bist gut genug » par « you are good enough », mais comprennent « Doobie Scoot Canoe » soit « un joint de cannabis qui file sur un canoé » un texte absurde qui n’a pas grand-chose à voir avec le message initial sur la body positivity ou l’acception de soi malgré les codes corporels imposés par les médias sociaux.
Sur ces mêmes médias sociaux, « du bist gut genug » fait un tabac et est repris en abondance. Mondial oblige, voilà l’Allemagne dotée d’un nouvel hymne national

Lettre d'Allemagne

Par pascal thibaut

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