Friedrich Merz avait promis l'année dernière sur un ton résolu un "automne des réformes" pour briser la sclérose dont est frappée l'Allemagne. Mais la promesse s'est révélée être un flop décevant. Deux régionales en mars n'ont pas poussé le gouvernement à effrayer les électeurs. Le printemps 2026 sera-t'il la saison des réformes ?
Au menu également de cette lettre d’Allemagne (et réservé aux abonnés) : la Bundeswehr et les autorisations de voyage pour les hommes adultes, renvoyer 80% des Syriens en Allemagne dans leur pays?, bilan de la libéralisation du cannabis deux ans après la réforme, la première femme responsable d’une équipe de Bundesliga, arrestation d’un néo-nazi d’un autre genre
La une de la dernière édition du magazine “Der Spiegel” “Courage-De quelles réformes le pays a maintenant besoin” résumait bien l’état d’esprit ambiant. L’Allemagne est confrontée à des défis d’importance et voit son modèle économique remis en cause. A ces problèmes structurels viennent s’ajouter les conséquences négatives de la situation dans le Golfe alors qu’au début de l’année les prévisions économiques laissaient enfin espérer pour2026, et au-delà, une reprise de la croissance après plusieurs années atones. Mais les mauvaises nouvelles s’accumulent avec un bond de l’inflation passée de 1,9% en février à 2,7% en mars; les pronostics pour la croissance pour 2026 viennent d’être divisés par deux. Et une dégradation plus importante n’est pas exclue tant la situation actuelle reste imprévisible. Le gouvernement allemand semble vouloir prendre à bras le corps des réformes centrales.
”Klingbeil nous menace de travailler plus” après un discours du vice-chancelier SPD
(et un jeu de mots car “Beil” signifie “hâche”)
Après l’humiliation subie par les sociaux-démocrates lors des élections dans le Bade-Wurtemberg et la perte de leur fief du Rhénanie-Palatinat, le SPD était menacé d’une crise majeure. Des conséquences personnelles allaient-elles être tirées affaiblissant par là la stabilité de la coalition avec les chrétiens-démocrates de Friedrich Merz ? Le co-président du SPD, le ministre des Finances Lars Klingbeil, réélu l’an dernier avec seulement les deux tiers des voix lors du congrès de son parti semblait ébranlé. Les sociaux-démocrates allaient-ils chercher une issue à leur crise et le désamour des électeurs en donnant un coup de barre à gauche?
Lars Klingbeil a surpris son monde trois jours après la deuxième élection régionale perdue en proposant dans un discours un tournant social-libéral. Pour le vice-chancelier, les Allemands doivent travailler plus; il a aussi plaidé pour une modernisation du système social allemand estimant : “L’Etat a une fonction de protection mais nous nous plaçons dans une situation intenable si chaque risque et chaque problème sont réglementés par la puissance publique ou résolus par l’argent des contribuables”. Des accents peu fréquents au SPD…
Lars Klingbeil veut s’en prendre par exemple au temps partiel qui atteint en Allemagne un des taux les plus élevés parmi les pays de l’OCDE en raison du faible niveau d’activité des femmes. Une disposition du droit fiscal qui dissuade celles-ci de reprendre un travail à temps plein est depuis longtemps dans le collimateur de la gauche mais a l’effet d’un chiffon rouge pour les conservateurs. Le social-démocrate plaide également pour un l’allongement de la durée du travail prenant le contre-pied de son parti depuis des années. Si Klingbeil n’a pas évoqué celui chez qui il a fait ses classes, à savoir l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder aujourd’hui pestiféré, le ministre des Finances a en revanche mentionné Franz Müntefering, son camarade qui avait initié au début de l’ère Merkel le report de l’âge légal du départ à la retraite à 67 ans.
Le vice-chancelier a aussi proposé des mesures destinées à renforcer la compétitivité de son pays qui ne figurent pas traditionnellement dans les programmes SPD qu’il s’agisse de la limitation du niveau des cotisations sociales, d’une réduction radicale de la bureaucratie ou d’une retraite complémentaire financée par la capitalisation. Lars Klingbeil plaide pour des baisses d’impôts sur le revenu pour 95% des foyers tandis que les plus aisés seraient plus taxés.
”On a perdu du temps avec le changement d’heure. On ne va jamais y arriver avant l’été”
Le chancelier Merz et son numéro deux Lars Klingbeil travaillent d’arrache-pied sur les réformes
Plusieurs chantiers figurent à l’ordre du jour des prochains mois. Des piliers de l’Etat providence allemand doivent être remis sur les rails en raison d’un financement de plus en plus difficile. Des mesures impopulaires sont à attendre. Cela vaut pour les retraites, l’assurance-dépendance, la sécu mais aussi le système fiscal.
A ces réformes structurelles s’ajoute la crise énergétique due à l’intervention israélo-américaine contre l’Iran. La coalition allemande était divisée sur les mesures à adopter. La ministre de l’Economie chrétienne-démocrate, Katherina Reiche, défend becs et ongles, une vision libérale hostile à toute intervention de l’Etat. Si de nombreux camarades de parti la soutiennent, Friedrich Merz a estimé publiquement que son côté Jeanne d’Arc de l’orthodoxie libérale étaient contre-productif dans la recherche d’un compromis avec des alliés sociaux-démocrates plus favorables à des mesures pour soulager les automobilistes.
La ministre de l’Economie observe les bagarres au sein de la coalition en mode village gaulois après ses déclarations qui ont attisé les passions
Au terme d’un séminaire gouvernemental le week-end dernier, chrétiens et sociaux-démocrates ont annoncé une réduction pendant deux mois des taxes sur les carburants qui baisseront de 17 centimes par litre (probablement à partir du 1er mai). Une solution critiquée par les plus libéraux hostiles aux interventions publiques qui remettent en cause les lois du marché. D’autres, à gauche, auraient préféré une mesure venant en aide directement aux foyers plus modestes. Reste également à savoir dans quelle mesure cette baisse bénéficiera pleinement aux consommateurs. Les compétences de l’office des cartels doivent être renforcés pour augmenter ses capacités de contrôle. Les propositions des sociaux-démocrates (impôt sur les superprofits pétroliers ou plafonnement des prix) devront attendre.
Friedrich Merz a également annoncé qu’une prime de 1000 Euros pourra être versée cette année aux salariés par leurs employeurs (qui pourront la déduire de leurs impôts). Cette mesure de compensation des coûts de l’énergie plus élevés sera net d’impôts pour les salariés. Mais les entreprises sont loin d’être emballées par l’idée. Elles se sentent sous pression et rétorquent que beaucoup d’entre elles ont déjà suffisamment de difficultés en raison d’une conjoncture morose et se passeraient volontiers d’un tel versement. La promesse de Friedrich Merz pourrait donc bien pour beaucoup de salariés se dégonfler comme un ballon de baudruche. Un autre débat concerne les fonctionnaires. Doivent-ils ou non profiter de cette prime ?
Une réforme de la Sécu est sur les rails. La ministre de la Santé doit présenter à la fin du mois un projet de loi pour réduire les dépense. Le texte s’inspire largement des 66 propositions formulées par une commission dont le rapport a été remis fin mars au gouvernement. Beaucoup sont autant de pilules amères pour les Allemands : suppression de l’assurance santé gratuite pour les conjoints qui ne travaillent pas, hausse du ticket modérateur, baisse de l’indemnité des arrêts maladie, taxe sur les boissons sucrées… La ministre a rappelé en recevant le rapport qu les dépenses maladie augmentent deux fois plus vite que les recettes et que le déficit risque de se creuser dans les années qui viennent (-15 milliards prévus l’an prochain, jusqu’à 40 milliards en 2030). Aucun pays de l’Union européenne ne dépense autant pour son secteur de la Santé. Mais la qualité des soins ou encore l’espérance de vie ne placent pas le modèle allemand en pole position.
”Vous voulez vraiment que je m’occupe de vos dents?
Ou bien vous préférez pouvoir vous acheter quelque chose à manger ?”
La ministre de la Santé a annoncé ce mardi que l’assurance gratuite pour les conjoints allait disparaître et que les patients devraient mettre la main au porte-monnaie pour leurs médicaments. Les hôpitaux, les médecins, les pharmaciens devront faire des efforts. Plus des trois quarts des propositions contenues dans le récent rapport doivent être mises en place. La ministre de la Santé qui n’est pas une spécialiste et dont le poids politique laisse à désirer doit s’attendre à une levée de boucliers tous azimuts. L’objectif est de faire vingt milliards d’économies en 2027.
Le gouvernement a aussi confirmé lundi matin qu’une réforme fiscale d’ampleur pour les bas et moyens revenus entrerait en vigueur l’an prochain. Elle doit contribuer à renforcer la compétitivité de l’Allemagne. Enfin, une commission sur la réforme des retraites doit rendre ses conclusions d’ici fin juin. Fin mars, le parlement a déjà adopté une réforme pour rendre les plans d’épargne-retraite subventionnés plus attractifs alors que le vieillissement de la population met le système par répartition sous tension.
Curieusement, il aura fallu trois mois pour qu’une disposition de la loi sur le service militaire volontaire entrée en vigueur le 1er janvier dernier frappe les esprits. Comme au temps de la guerre froide, les hommes entre 17 et 45 ans devraient obtenir l’autorisation préalable de l’armée allemande s’ils quittent le territoire national pour plus de trois mois. La révélation dans un quotidien avant le week-end de Pâques a fait l’effet d’une bombe. Les médias ont largement traité du sujet; sur les réseaux sociaux, les réactions ont été nombreuses surtout parmi les plus jeunes. La nouvelle loi avait repris une disposition héritée de la guerre froide qui doit permettre aux autorités de savoir combien de personnes sont mobilisables.
Le côté contraignant de la mesure a surpris alors que la conscription a été suspendue en Allemagne il y a quinze et que la Bundeswehr ne cherche pour l’instant qu’à attirer de jeunes recrues sur la base du volontariat. Tous les hommes de 18 ans doivent dorénavant remplir un formulaire sur leur intérêt pour le service militaire et subir des examens médicaux.
”La Bundeswehr contre les missions privées à l’étranger”
Le ministère de la Défense a confirmé l’existence de cette disposition avec une communication pas très claire dans un premier temps. Le ministre Boris Pistorius a fini par calmer les esprits en expliquant qu’une telle autorisation n’était pas d’actualité et que les voyages n’étaient soumis à aucune autorisation. Seule une situation de crise aigüe pourrait justifier le recours à une telle mesure contraignante.
La visite du président Al-Charaa à Berlin avait par rapport à d’autres déplacements du président syrien une dimension particulière en raison de la présence de centaines de milliers de ses compatriotes en Allemagne qui avaient fui le régime Assad. La conférence de presse donnée en commun avec le chancelier Merz a donné lieu ensuite à des interprétations divergentes sur une déclaration évoquant le retour d’ici trois ans de 80% des Syriens vivant aujourd’hui en Allemagne. Le propos attribué au chef du gouvernement allemand a provoqué des critiques chez les sociaux-démocrates alliés du chancelier et en général à gauche. Friedrich Merz a ensuite botté en touche en affirmant que son hôte avait formulé cette proposition. Mais le président syrien interrogé après son départ de Berlin a démenti cette version.
Environ 900 000 Syriens vivent aujourd’hui en Allemagne. (A ces personnes s’ajoutent celles qui ont acquis depuis leur arrivée la nationalité de leur pays d’accueil). Les deux tiers de ces personnes ont un titre de séjour qui est justifié par la guerre dans leur pays. Ceux qui souhaitent leur retour estiment que les changements politiques en Syrie suppriment la justification de ces titres de séjour. Mais les experts estiment un tel renvoi massif peu réaliste. Chaque dossier devrait être réexaminé. Des recours innombrables auraient lieu. Et ces procédures feraient par ailleurs peu de sens dans un pays vielleissant comme l’Allemagne qui a besoin de main d’oeuvre. 320 000 Syriens dispose d’un emploi aujourd’hui. Leur taux d’activité de 60% n’est pas très éloigné de celui de la moyenne allemande de 71% (même si les femmes sont sensiblement moins nombreuses à exercer une activité). La fédération des hôpitaux allemands a réagi négativement en rappelant que 7000 médecins syriens étaient employés dans des cliniques allemandes. Le personnel soignant originaire de ce pays est estimé à 2000 personnes.
Les programmes de retour volontaires mis en place par l’Allemagne n’ont séduit que quelques milliers de personnes. La sortie sur 80% de retours peut s’expliquer pour des raisons de politique intérieure alors que l’extrême-droite séduit dans les sondages un quart des électeurs. Mais de telles déclarations sont déconnectées de la réalité, ignorantes de l’avenir et ne font qu’attiser les inquiétudes des Syriens d’Allemagne qui ont le sentiment de ne plus être les bienvenus.
La loi entrée en vigueur le 1er avril 2024 est un “fiasco total” pour le ministre de l’intérieur chrétien-démocrate Alexander Dobrindt. Avec d’autres responsables conservateurs, le Bavarois a regretté dans un communiqué “une erreur” de l’ancien gouvernement Scholz.
Depuis deux ans, la possession de 25 grammes de cannabis séché est autorisée dans les lieux publics, comme la culture à domicile de 50 grammes et jusqu’à trois plants par adute. Le cannabis peut être légalement acheté en devenant membre d’un club mais très peu de ces nouveaux lieux ont commencé à cultiver du cannabis et à en vendre en raison de nombreux obstacles bureaucratiques.
Un rapport remis par des experts de trois universités allemandes arrive, lui, à une conclusion moins négative que les responsables chrétiens-démocrates. Leurs auteurs estiment que la légalisation du cannabis il y a deux ans n’a pas conduit à une augmentation significative de la consommation.
Marie-Louise Eta vient d’écrire une page d’histoire du football à 34 ans. Cette ancienne joueuse a été choisie par le club berlinois de Bundesliga Union et doit lui permettre de rester en première division. Marie-Louise Eta prend les rênes du club de l’ex-Berlin-Est pour les cinq derniers matchs de la saison. Le premier samedi opposera Union au FC Wolfsburg. Une prolongation du contrat de Marie-Louise Eta n’est pas exclu.
Sven Liebich est un extrémiste de droit connu de longue date pour ses activités dans l’Est de l’Allemagne. Il avait été condamné à 18 mois de prison en 2023 pour incitation à la haine, diffamation et outrage. L’individu avait doublement défrayé la chronique après avoir utilisé la nouvelle loi du gouvernement Scholz facilitant le changement de genre. Une démarche probablement choisie pour tourner ces nouvelles dispositions en dérision.
Maria Svenja Liebich (son nouveau nom) devait se présenter à la prison de Chemnitz en Saxe pour y purger sa peine. Mais le néo-nazi a fait faux bond aux autorités et a préféré la clandestinité. Il était recherché depuis l’été dernier et vient d’être interpellé en république tchèque. Une procédure d’extradition vers l’Allemagne est en cours mais Liebich compte bien s’y opposer.