Le patriarche Winfried Kretschmann, l'écologiste qui a dirigé durant 15 ans cette riche région industrielle du Sud-Ouest de l'Allemagne, n'aura pas été qu'une parenthèse. Cem Özdemir, son dauphin, a réussi dimanche de justesse à devancer la CDU. Une poursuite de la coalition vert/noir ou kiwi est possible avec un patron de région d'origine turque.
Ce premier scrutin d’une longue année électorale (cinq régionales et des municipales) était très attendu. Pourtant, le suspense au premier abord était des plus minces : on savait à l’avance qu’une alliance entre les deux forces qui gouvernent le Bade Wurtemberg depuis dix ans, les écologistes et les chrétiens-démocrates, allait être renouvelée. La principale inconnue était de savoir qui des verts ou de la CDU arriverait cette fois en tête.
Sur les panneaux on peut lire :
“vert/noir” (la seconde couleur est associée aux chrétiens-démocrates) et “noir/vert”
Si la victoire de Cem Özdemir, le candidat écologiste, a provoqué une sensation et enthousiasmé son parti et si la CDU fait grise mine, c’est en raison du renversement spectaculaire de tendance. A l’automne dernier, les chrétiens-démocrates devançaient les Verts de près de quinze points dans les sondages. Les conservateurs paraissaient assurer de retrouver le contrôle d’un fief historique perdu en 2011 lors que l’écologiste Winfried Kretschmann s’était fait élire à la tête d’une alliance avec les sociaux-démocrates. Pour le chancelier Merz, la perspective d’une telle victoire était prometteuse pour booster un responsable et son parti dont la popularité laisse à désirer.
Mais avant d’en arriver aux résultats des élections de dimanche et à leur analyse, permettez moi de vous dresser un rapide portrait du ministre-président sortant, Winfried Kretschmann, un phénomène assez unique dans la vie politique allemande.
Le vainqueur de dimanche à gauche, Cem Özdemir aux côtés de Winfried Kretschmann
Le patriarche des Verts est un produit du Bade Wurtemberg. Sa carrière politique et sa capacité à séduire bien au-delà des rangs écologistes jusque dans les milieux conservateurs s’illustrent dans sa biographie. Ancien enfant de choeur, il est marqué par ses racines catholiques et a même songé dans sa jeunesse à devenir prêtre. Finalement après son service militaire -dans son parti, on préférait plutôt l’objection de conscience-, il devient prof de biologie et de chimie. Dans les années 70, il est proche du maoïsme comme un certain nombre de soixante-huitards. Winfried Kretschmann est né en 1948. Il fait partie des membres fondateurs du parti vert à la fin des années 70. Le catholique pratiquant est une des figures de proue d’une aile plutôt conservatrice libérale du mouvement à l’époque très radical. Son parcours le prédestinait donc à une ouverture des écologistes vers d’autres milieux et explique sa popularité. Lors des élections de 2021, son parti engrange un record historique avec près d’un tiers des voix.
En 2011, l’usure du gouvernement chrétien-démocrate dans le Bade Wurtemberg mais surtout la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon dope les Verts. La chancelière Angela Merkel décide en quelques jours que son pays doit sortir du nucléaire. Les écologistes qui réclament depuis leur création une telle mesure profitent de la conjoncture et font plus que tripler leur score dans le Bade Wurtemberg. Si la CDU arrive en tête, les écologistes forment une coalition avec les sociaux-démocrates dirigée par Winfried Kretschmann. Dans cette région conservatrice où l’industrie est puissante, les milieux économiques s’inquiètent mais le nouveau ministre-président -le nom en Allemagne des patrons de régions- impose un cours pragmatique qui rassure, notamment l’industrie automobile, secteur central dans le Bade Wurtemberg et qui traverse actuellement de sérieuses difficultés.
Pour d’autres fédérations des écologistes, ce pragmatisme va beaucoup trop loin et certains trouvent le vert de Kretschmann un peu trop pastel. Les jeunes membres du parti ou qui en sont proches se pincent aussi le nez. Kretschmann n’a pas vraiment compris le mouvement “Fridays for future” ou d’autres groupes plus radicaux. L’écriture genrée et des thèmes sociétaux que défend son parti le laissent froid. Mais il montre avec son alliance avec la CDU qu’on retrouve aujourd’hui dans la plus grande région allemande, la Rhénanie du Nord Westphalie et le Schleswig Holstein au Nord, qu’on peut être écologiste et gouverner avec les conservateurs sans se renier.
La domination des écologistes avec le patriarche Kretschmann semblait menacée avec le retrait annoncé de la vie politique de ce dernier. Il y a encore quelques semaines, une victoire de la CDU s’annonçait. Les verts ont été sanctionnés lors des dernières élections nationales en février 2025 après leur participation au gouvernement Scholz. Dans le Bade Wurtemberg, ils n’obtenaient il y a treize mois que 13,6% des voix.
Les chrétiens-démocrates ont sans doute été trop sûrs d’eux. Leur candidat a amélioré le score de la CDU mais paraissait bien pâle par rapport à un vieux routier de la vie politique comme Cem Özdemir. Le chrétien-démocrate Manuel Hagel était mal à l’aise dans les débats et sur les réseaux sociaux si importants aujourd’hui. La campagne des conservateurs a été comparée un “wagon lit”.
Le candidat CDU Manuel Hagel observe son adversaire vert Cem Özdemir le rattraper, une caricature qui rappelle la fable du lièvre et de la tortue
La remontada des écologistes ces dernières semaines s’est poursuivie dans la dernière ligne droite. C’est cette large avance qui a fondu au soleil qui mine les chrétiens-démocrates plus que leur score à la hausse. A l’arrivée, les verts l’emportent d’une courte tête avec 27 000 voix d’avance sur les conservateurs soit 0,5%. Les deux partis disposent dans le nouveau parlement de Stuttgart du même nombre de sièges (56).
Les résultats de dimanche avec en bas les variations par rapport au scrutin de 2021
Sur le papier pourtant, les verts reculent comparé aux élections de 2021 tandis que la CDU qui avait enregistré un échec historique il y a cinq ans reprend des couleurs. Mais la perspective longtemps assurée d’arriver en tête échappe d’un cheveu aux conservateurs. Si les écologistes ont regagné près de 10% par rapport au début de campagne, cela s’explique sans nul doute par la personnalité de leur champion Cem Özdemir qui a fait disparaitre les logos du parti vert de ses affiches et a comme Kretschmann fait une campagne ultra pragmatique, plaidant notamment contre l’interdiction des moteurs thermiques au-delà de 2035. Dans ce Autoland qu’est le Bade Wurtemberg, se positionner contre l’industrie automobile n’est pas une bonne idée. Si le parti vert a applaudi la victoire d’Özdemir dimanche soir, certains de ses responsables ont même été persona non grata durant la campagne. Pour l’aile gauche des écologistes allemands, la ligne très “droitiste” du futur patron du Bade Wurtemberg était une pilule difficile à digérer. Mais le succès de Cem Özdemir met en même temps ces partisans d’une ligne plus à gauche sur la défensive.
Le jeune Cem Özdemir avec ses parents : son père, immigré turc, travaillait dans une usine textile. Sa mère tenait une boutique de retouches.
Cem Özdemir, 60 ans, a une longue carrière chez les verts derrière lui. Il a été l’un des premiers députés d’origine turque au Bundestag en 1994. Son ascension politique l’a conduit à diriger le parti durant dix ans. En 2021, il devient ministre de l’Agriculture du nouveau gouvernement Scholz, un poste où on ne l’attendait pas forcément. Cette figure connue et populaire du monde politique allemand symbolise la réussite de l’immigration turque. Enfant d’un milieu simple, Cem Özdemir a franchi de nombreux échelons (et subi des échecs). Le succès de ce partisan d’une ligne pragmatique s’explique aussi dans le Bade Wurtemberg dans son enracinement local. Il est né et a grandi dans cette région dont il parle le dialecte et cultive les traditions. Özdemir se définit comme un “Souabe d’Anatolie”.
La CDU a échoué dimanche avec succès. Malgré ses déficits, son candidat, Manuel Hagel, permet à son parti d’augmenter son score de plus de cinq points et frôle la barre des 30% des voix. Forte de ce progrès et d’une égalité en sièges avec les écologistes au sein du nouveau parlement régional, les chrétiens-démocrates comptent bien monnayer une nouvelle alliance avec les écologistes au prix fort. Lundi, certains responsables CDU proposaient un partage du pouvoir durant la prochaine législature, les verts puis les chrétiens-démocrates alternant pour assumer la direction de la région. Une solution rejetée illico et de façon peu diplomatique par les écologistes. Si cette hypothèse n’est pas retenue, nul doute que les verts devront faire des compromis plus importants qu’il s’agisse du programme de la future coalition ou du nombre de postes ministériels pour les conservateurs au sein du gouvernement régional.
Merz : “Par rapport aux libéraux, nous nous portons bien” Le FDP, dans ce fief du mouvement, n’a pas réussi après des décennies à être représenté au parlement régional. Son agonie se poursuit. Beaucoup d’électeurs libéraux ont voté utile en faveur de la CDU.
L’AfD est le grand gagnant de ce scrutin. Le parti d’extrême-droite fait plus que doubler son score en nombre de voix en raison d’une participation sensiblement plus élevée. L’alternative pour l’Allemagne a d’ailleurs, comme lors d’autres scrutins, réussi à séduire de nombreux abstentionnistes. Pourquoi un tel succès avec près de 19% des voix dans une région prospère où règne le plein emploi, malgré de nombreux plans sociaux et des réductions d’effectifs importantes annoncées dans l’industrie automobile et ses sous-traitants? Parce que les peurs des électeurs sont d’autant plus importantes lorsque leur situation matérielle est satisfaisante. Les salaires dans l’automobile mais aussi d’autres branches comme la machine outils sont élevés. L’angoisse de voir son statut remis en cause alimente le vote en faveur de l’AfD qui séduit quatre ouvriers sur dix. Malgré ce succès certain, le parti reste en de ça d’objectifs déclarés ou espérés. Des débats internes en coulisses ont lieu sur la campagne menée ou encore l’absence de la tête de liste dans la dernière ligne droite qui a préféré un déplacement aux Etats-Unis pour une rencontre avec la sphère Maga.
”Au bord de l’abîme” : la une du quotidien de Francfort sur l’humiliation électorale subie par le SPD comme le visage de la tête de liste sociale-démocrate dans le Bade Wurtemberg à gauche aux côtés du co-président de son parti Lars Klingbeil, le ministre des Finances, en disent long. Les sociaux-démocrates avaient obtenu un tiers des voix lors des régionales dans cette région il y a 25 ans. Aujourd’hui, avec 5,5%, ils échappent de peu à un exil extra-parlementaire (confer barre des 5%). Si le parti a pâti du vote utile à gauche avec de nombreux électeurs qui ont voté pour les verts, les analystes s’interrogent sur l’avenir d’un mouvement perçu comme scéloré, défendant des acquis sociaux sans proposer un projet d’avenir. Un sondage réalisé à chaud dimanche montre ainsi que beaucoup d’électeurs reprochent au SPD de privilégier la défense des bénéficiaires de l’aide sociale (dont la réforme a été votée la semaine dernière) que de s’engager pour les travailleurs, notamment ceux dont les emplois sont aujourd’hui menacés par de nombreux plans sociaux.
Le SPD qui a la tête sous l’eau se raccroche à une bouée de sauvetage, la défense de son fief dans la Rhénanie Palatinat où l’on vote le 22 mars. La région est dirigée depuis 35 ans par les sociaux-démocrates. La conserver donnerait du baume au coeur à un parti meurtri. Dans le cas contraire, le navire social-démocrate pourrait sérieusement tanguer et menacer la stabilité du gouvernement Merz.
Le dernier sondage du 26 février en amont de cette régionale prévoyait comme dans le Bade Wurtemberg un coude-à-coude entre le SPD au pouvoir et la CDU. L’échec prévisible du parti libéral qui gouverne aujourd’hui aux côtés du SPD et des Verts laissent penser qu’une coalition SPD/CDU ou CDU/SPD sera à l’ordre du jour après les élections.
Le quotidien de Munich “Süddeutsche Zeitung” a récemment publié une longue analyse de l’action de Friedrich Merz sur la scène internationale dont le titre “L’impuissance du chancelier” relativisait les ambitions affichées durant la campagne et ultérieurement par le chef du gouvernement allemand.
Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine, Etats-Unis et de nombreux déplacements en Europe : Friedrich Merz a été très présent sur la scène internationale depuis son élection. Celui qui a été baptisé “Aussenkanzler” -”le chancelier des Affaires étrangères”- avec une critique sous-jacente sur un intérêt qui serait moindre chez lui pour les affaires intérieures avait des ambitions importantes pour redonner du lustre à son pays sur la scène internationale. Friedrich Merz avait dénoncé l’amateurisme du gouvernement Scholz et avait promis une politique étrangère digne d’une “puissance moyenne leader”.
Le chancelier se veut avant tout pragmatique et veut éviter les leçons de morale à ses partenaires comme on l’a vu récemment en Chine mais surtout lors des récentes interventions extérieures des Etats-Unis. En janvier, Friedrich Merz a contrairement à Paris évité toute condamnation de l’enlèvement de NIcolas Maduro au Vénézuela. Plus récemment, cela a aussi été le cas des attaques menées par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Ces derniers jours, Friedrich Merz a très prudemment pris quelques distances par rapport à Washington évoquant les risques des opérations actuelles et l’absence d’un plan sur la meilleure façon de conclure les attaques en cours. Au sein de la coalition au pouvoir à Berlin, les premières réactions des sociaux-démocrates dénonçant le régime iranien et approuvant les frappes ont depuis cédé la place à des critiques ouvertes qui égratignent la solidarité avec le chancelier.
”L’Espagne a du courage, nous avons Merz”
La récente visite de Friedrich Merz à Washington a donné lieu à la première rencontre de Donald Trump avec un responsable étranger après le début des opérations contre l’Iran. L’absence de réaction du chancelier après les attaques directes du président américain contre le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez ont été très critiquées. Trump a reproché à Madrid de ne pas tenir ses engagements dans le cadre de l’OTAN et de ne pas augmenter comme ses partenaires ses dépenses de défense. Sanchez a aussi concentré l’ire de Trump car le premier ministre espagnol avait dénoncé les attaques contre Téhéran et refusé l’utilisation des bases américaines dans son pays à cette fin. Depuis, les relations germano-espagnoles se sont sévèrement rafraîchies.
Si Merz peut se flatter d’avoir été plutôt bien traité à plusieurs reprises par Donald Trump, on peut s’interroger sur les avantages d’une politique bisounours à l’égard du président américain alors que le chancelier n’a pas pu obtenir de concessions significatives de l’hôte de la Maison Blanche. Cela est particulièrement visible sur l’Ukraine, dossier qui reste prioritaire pour Merz et qui depuis plusieurs semaines passe à l’arrière-plan en raison des crises qui secouent le monde. Malgré les ambitions du chancelier, l’absence de l’Europe ou sa faiblesse sur de nombreux dossiers diplomatiques n’ont pas été remises en cause.
« Cherche une place sous un parapluie nucléaire » : il y a quelques semaines, une caricature montrait Friedrich Merz collant discrètement sa petite annonce dans la rue. Les doutes sur l’engagement durable du partenaire américain malgré la fidélité transatlantique de Berlin et l’instabilité internationale ont poussé l’Allemagne à bouger. Si Angela Merkel et Olaf Scholz étaient restés insensibles aux appels du pied d’Emmanuel Macron, Friedrich Merz a très tôt répondu favorablement. Le chancelier s’est félicité après le discours du président français sur la plateforme X que la France et l’Allemagne aient mis en place un groupe de pilotage nucléaire pour renforcer la coordination des deux pays en matière de dissuasion. Une participation de Berlin aux exercices nucléaires français dès cette année est prévue.
Macron : “Bienvenue à bord cher Friedrich ! Tu es notre hôte mais merci de ne toucher à rien" !”
La dissuasion nucléaire française ne vient pas se substituer au parapluie nucléaire américain et de l’OTAN, une condition essentielle pour l’Allemagne qui reste très attachée malgré les menaces qui pèsent sur elle à la relation transatlantique. Cette proposition française a plutôt été bien accueillie dans la presse allemande. Dans la classe politique, le député chrétien-démocrate Roland Theis, un Franco-Allemand, a salué le discours d’Emmanuel Macron qui pour lui renforce la dissuasion nucléaire française et satisfait les intérêts de Berlin. Le président du groupe d’amitié France/Allemagne au Bundestag voit dans le rôle particulier dévolu à son pays un signe que la coopération bilatérale entre Paris et Berlin fonctionne malgré de récentes frictions et ce au profit d’une plus grande sécurité européenne.
L’augmentation des prix à la pompe en Allemagne comme ailleurs suscitent des inquiétudes. Les experts pour l’instant rejettent tout soutien public estimant ces mesures prématurées et économiquement non efficientes. Mais cette évolution pourrait avoir des conséquences sur la politique énergétique du gouvernement alors que la ministre de l’Economie Katherina Reiche (CDU) travaille sur une révision à la baisse des indemnités pour les producteurs d’électricité solaire et éolienne quand les besoins en courant sont moindres ainsi que sur des prix moins élevés pour l’achat d’électricité aux petites installations privées. Récemment, une réforme de la loi très controversée du précédent gouvernement sur les chauffages assouplit très largement les possibilités pour les propriétaires d’installer des appareils ne recourant pas aux énergies renouvelables.
Katherina Reiche : “Oubliez le solaire, l’éolien et les pompes à chaleur ! Nous misons à fond sur le pétrole et le gaz ! Peu importe ce que ça coûtera” (à droite on voit les prix de ces deux sources d’énergie s’envoler)
Si la hausse des prix de l’énergie devait être durable, les nouvelles priorités de l’actuel gouvernement clairement moins pro-environnement que dans le passé pourraient-elles être revues, pragmatisme oblige?
De nombreuses réformes de l’Etat providence sont prévues en Allemagne. Celle de l’aide sociale adoptée la semaine dernière par le Bundestag a à nouveau été accompagnée de vifs débats. Comme depuis deux décennies, les points de vue sur ce dossier sont contradictoires et les émotions sous-jacentes.
“ L’allocation citoyenne » introduite il y a trois ans par le gouvernement du social-démocrate d’Olaf Scholz est morte ; au premier juillet, plus de cinq millions de personnes toucheront « l’assurance de base ». Le montant reste identique : 563 Euros par mois pour un adulte -moins pour les enfants- ce à quoi s’ajoute la prise en charge du loyer et du chauffage.
Friedrich Merz qui déclarait il y a quelques mois que l’Etat providence en Allemagne n’était plus finançable avait dénoncé durant la dernière campagne électorale la réforme de son prédécesseur qui avait assoupli les sanctions. Pour les chrétiens-démocrates, la priorité doit être le retour sur le marché du travail, y compris avec des contraintes pour les bénéficiaires. La CDU dénonçait une prestation dont le niveau a sensiblement augmenté et qui dissuaderait les allocataires de travailler.
La nouvelle réforme est le fruit d’un laborieux compromis avec les sociaux-démocrates dont l’aile gauche a trainé les pieds. L’opposition de gauche tire à boulets rouges contre une réforme qui ferait peser un soupçon général contre les personnes en difficulté au lieu de les soutenir.
A l’avenir, les sanctions avec une réduction de l’aide sociale seront plus fortes comme les contraintes pour accepter un emploi. La formation continue passera à l’arrière-plan. Les économies substantielles espérées par Friedrich Merz sur un budget global de 50 milliards par an restent à l’arrivée symbolique.
Deux récentes polémiques interrogent sur la politique culturelle allemande et l’interventionnisme du pouvoir sur certaines décisions. A deux reprises, le ministre en charge, Wolfram Weimer, a été à l’origine de ces affaires et a dû faire machine arrière.
La première polémique concerne le festival du film de Berlin marqué cette année par différents soubresauts politiques. Tout avait commencé par une déclaration du président du jury de la Berlinale, le réalisateur Wim Wenders qui interrogé sur Gaza avait affirmé que le cinéma devait rester en dehors des débats politiques. Cette remarque avait suscité une levée de boucliers dans le monde culturel. Plus de 80 professionnels avaient critiqué dans une lettre ouverte le festival l’accusant de censurer les artistes qui condamnent le “génocide” commis selon eux par Israël à Gaza.
La présidente de la Berlinale, l’Américaine Tricia Tuttle
Lors de la cérémonie de clôture le réalisateur syro-palestinien Abdullah Al-Khatib récompensé pour son film “Chronicles from the Siege” avait accusé le gouvernement allemand d’être “complice du génocide”. Le ministre allemand de l’Environnement qui assistait à la cérémonie avait alors quitté la salle. Peu après, le quotidien “Bild Zeitung” annonçait que le ministre de la Culture voulait limoger la présidente du festival Tricia Tuttle.Cette dernière était aussi critiquée pour une photo avec l’équipe du film durant le festival sur laquelle plusieurs personnes portent un keffieh et brandissent un drapeau palestinien. Ailleurs dans le monde où la condamnation d’Israël est formulée par les gouvernements et de nombreux acteurs, un tel cliché paraîtrait anodin. Pour le gouvernement allemand marqué par une solidarité historique à l’égard d’Israël, il s’agit d’un no go.
Le ministère de la Culture a avant même une réunion d’un conseil de surveillance démenti les informations de “Bild Zeitung”. La présidente de la Berlinale a été confirmée. Une lettre ouverte de centaines de personnalités du monde du cinéma soutenant Tricia Tuttle explique aussi une décision raisonnable. Les conséquences pour un festival traditionnellement politique où la liberté d’expression, y compris lorsqu’elle dérange, aurait été remise en cause aurait été désastreuse. L’avenir de la Berlinale aurait été en cause. L’actrice Tilda Swinton qui a défendu la présidente du festival avait pourtant quelques jours plus tôt dénoncé une menace de censure au sein de la Berlinale. Le lauréat de l’ours d’or récompensant le meilleur film, le Germano-Turc Ilker Catak a annoncé qu’il ne présenterait plus jamais un film au festival de Berlin si sa directrice devait être contrainte au départ.
Deuxième polémique cette fois autour du prix allemand des librairies qui récompense chaque année des établissements indépendants pour leur offre de qualité. Le ministère de la Culture a fait savoir que trois d’entre eux, pourtant retenus par un jury indépendant, avaient été exclus sans autre justification. Des soupçons d’extrémisme (de gauche) auraient rendu ces librairies “suspectes” pour le ministre et les auraient disqualifiés. La polémique qui a suivi a contraint Wolfram Weimer a annulé la cérémonie de remise des prix qui doit avoir lieu durant la foire du livre de Leipzig afin sans doute d’éviter un éclat. Les autres libraires retenus recevront leurs prix. Leurs collègues exclus vont lancer une action en justice.
La librairie de Berlin exclue de la liste des lauréats
Les retards des chemins de fer allemands sont légendaires. Près de la moitié des trains grande distance n’arrive pas à l’heure. Les correspondances ratées usent les nerfs des usagés. Deutsche Bahn a une réputation détestable et ses piètres performances font la joie des internautes et des humoristes.
Le groupe DBSM qui a choisi depuis longtemps la dérision pour parler de ces retards d’où son nom qui en allemand rappellent les pratiques sado-maso vient de lancer un site satirique à succès. Les internautes peuvent parier sur les retards qu’auront des trains au départ. Après leur arrivée, les participants dont les estimations seront les plus proches de la réalité empocheront -fictivement- la récompense la plus importante.