La dernière une du magazine "Der Spiegel" (voir illustration ci-dessus) a fait sensation. Une animatrice connue, Collien Fernandes, y accuse son ex-mari, l'acteur Christian Ulmen, d'avoir produit et diffusé durant des années, grâce à l'intelligence artificielle, des images et des vidéos pornographiques falsifiées de sa femme.
“Tu m’as violé virtuellement” : la une de l’hebdomadaire de Hambourg en fin de semaine dernière a fait l’effet d’une bombe et lancé un vaste débat sociétal qui ne fait que commencer. L’actrice et animatrice de télévision Collien Fernandes accuse publiquement dans l’article du magazine son ex-mari (le divorce a été récemment prononcé) d’avoir diffusé durant des années de fausses vidéos d’elle à caractère pornographique. Le couple qui était marié depuis 2011 était très connu grâce à son exposition médiatique. Collien Fernandes a commencé sa carrière très tôt comme mannequin et animatrice pour des chaines musicales avant de tourner dans des séries télé. Christian Ulmen qui a commencé également sa carrière chez MTV a tourné dans des films de cinéma et des productions télévisées. Il a l’image d’un briseur de tabous dans des formats comedy sur les chaînes allemandes.
”Berlin pour Collien” : une manifestation du “Feminist Fight Club” a réuni dimanche 13 000 personnes d’après les organisatrices. 500 avaient été annoncées
La remise en cause de tabous ne se limitait visiblement pas pour Christian Ulmen à ses activités professionnelles. L’acteur a créé de faux comptes sur les réseaux sociaux portant le nom de sa femme et diffusé des photos et des vidéos pornographiques. Collien Fernandes se battait depuis des années pour obtenir que ces publications soient effacées. Elle a même tourné un documentaire sur le sujet pour la chaine publique ZDF. Elle a soutenu une campagne qui a pour but de lutter contre ce phénomène et d’obtenir un changement législatif pour que les auteurs soient poursuivis. C’est seulement fin 2024 que Christian Ulmen a révélé la vérité à sa femme qui n’aurait jamais soupçonné son mari d’être l’auteur de ces deepfakes.
Collien Fernandes a ouvert une procédure auprès de la justice espagnole car le couple s’était installé à Majorque. Un choix de procédure qui s’explique par l’existence d’une législation plus protectrice dans ce pays pour les victimes de telles vidéos hyperréalistes truquées. En Allemagne, le gouvernement veut très vite réagir et criminaliser la création et la diffusion de tels contenus mais aussi obliger les plateformes à agir. Mercredi dernier, les eurodéputés ont adopté en commission un texte pour bannir les services d’intelligence artificielle permettant de dénuder des personnes sans leur consentement. Depuis quelques mois, l’indignation grandit contre le réseau X d’Elon Musk et son outil Grok qui permet de créer de telles images.
Lundi, 250 femmes ont présenté un plan en dix points adressé au gouvernement allemand. Le texte demande que les deepfakes conduisent à une condamnation pénale (un projet de loi prévoit des peines de deux ans de prison). Les applications permettant de “déshabiller” des personnes grâce à l’intelligence artificielle pour les présenter dans des poses pornographiques doivent être interdites. Les experts soulignent que la justice allemande est actuellement assez démunie contre de telles pratiques et peu efficace lorsqu’elle est saisie par des victimes.
Les sociaux-démocrates ont le blues. Aux législatives de février 2025, ils ont réalisé le pire score de leur histoire depuis la fin du XIXème siècle. Il y a deux semaines, le scrutin dans le Bade Wurtemberg leur a infligé une humiliation historique avec 5,5% des voix dans une des plus grandes régions allemandes. Jamais le SPD n’avait obtenu un score aussi bas lors d’une élection régionale, frôlant la barre des 5% nécessaire pour obtenir des sièges.
”Changement historique en Rhénanie Palatinat”
Le parti qui faisait de toute façon de la figuration dans le paysage politique de cette région du Sud-Ouest du pays mettait ses espoirs dans l’élection en Rhénanie Palatinat. Dans ce fief détenu depuis 35 ans par le SPD, l’ancrage des barons régionaux a depuis permis aux sociaux-démocrates de rester au pouvoir même si lors d’autres scrutins les conservateurs l’emportaient le plus souvent. Dans la dernière ligne droite de la campagne, le retard du SPD par rapport à la CDU se réduisait et les sociaux-démocrates croyaient à nouveau en leur bonne fortune. Mais les résultats sont amers. Le parti subit un échec historique dans cette région avec 26% des voix, cinq points derrière la CDU. C’est un échec cinglant. Les sondages montrent que le bonus accordé au ministre-président sortant Alexander Schweitzer n’a pas suffi. Sur la plupart des sujets qui comptent, les électeurs estiment que la CDU a le plus de compétences. 80 000 électeurs sociaux-démocrates ont préféré voter cette fois pour les conservateurs.
La comparaison avec la dernière élection en 2021 est sévère avec une baisse de 10% pour le SPD. Seule consolation, la perspective d’une coalition entre chrétiens et sociaux-démocrates qui permettra au parti de gauche de rester associé au pouvoir.
Comme dans le Bade Wurtemberg, deux semaines plus tôt, ce scrutin est marqué par une poussée de l’extrême-droite. Jamais l’AfD n’a obtenu un score aussi élevé lors d’élections régionales dans la partie Ouest du pays. L’Alternative pour l’Allemagne frôle la barre des 20% et fait plus que doubler son score de 2021 profitant également dans ce Land des inquiétudes et des frustrations des électeurs.
Si les Verts qui faisaient partie de la coalition sortante aux côtés du SPD limitent les dégâts, les libéraux qui étaient également associés au pouvoir perdent leur représentation parlementaire comme il y a deux semaines dans le Bade Wurtemberg. L’avenir de ce mouvement qui a marqué la vie politique allemande depuis la guerre est en cause.
Le SPD a perdu par ailleurs dimanche un fief de longue date avec le succès du candidat vert à la mairie de Munich face au sortant social-démocrate
Le succès de la CDU dans la Rhénanie Palatinat constitue une bonne nouvelle pour le chancelier Merz dont le parti deux semaines plus tôt n’avait pas réussi, à quelques milliers de voix près, à arriver en première position dans le Bade Wurtemberg et à regagner cet ancien fief. Mais la défaite du SPD en Rhénanie Palatinat dimanche n’est pas sans risques pour le chef du gouvernement. Car si les sociaux-démocrates devaient s’écharper ou bien remercier leur direction affaiblie, cela ne faciliterait pas la conduite des affaires pour le chancelier. Le co-président du SPD et vice-chancelier Lars Klngbeil a déclaré lundi que son mouvement n’allait pas se livrer à un démontage en règle. Mais le ministre des Finances comme son homologue à la tête du SPD, la ministre du Travail Bärbel Bas, se disent prêts à un débat ouvert sur leur responsabilté. Débouchera-t’il sur quelque chose de concret ? Un site satirique ironisait hier assez justement : “"Le SPD a encore besoin de 47 défaites électorales pour comprendre que les électeurs ne sont pas satisfaits de lui”. Les analyses montrent que les sociaux-démocrates sont surtout perçus par les électeurs comme les défenseurs de l’Etat social, surtout au profit des bénéficiaires de l’aide sociale ou des retraités mais que le parti, traditionnel défenseur des travailleurs, n’a pas grand chose à proposer pour la “population laborieuse”
A la une du quotidien “Kölner Stadt Anzeiger” ce mardi : “Alarme rouge” au SPD avec les deux co-présidents du parti et la statue du patriarche qui orne le siège du mouvement, l’ex-chancelier Willy Brandt (1969-1974)
Friedrich Merz, lui, a estimé que sa coalition devait poursuivre sur la voie des réformes. Un quotidien titre sur le “moment Schröder”, une référence aux profondes réformes sociales mises en place par le chanclier social-démocrate au début des années 2000 contre l’hostilité d’une partie de sa base. Déjà, avant les deux dernières régionales, la presse spéculait sur un vaste plan de la coalition qui devait être annoncé après les campagnes électorales qu’il ne fallait surtout pas “perturber”. Des réformes en profondeur de l’Etat providence -assurance maladie, retraites, assurance dépendance- figurent à l’ordre du jour et pourraient être douloureuses. L’Allemagne, malgré l’adoption de fonds spéciaux hors budget, doit faire des économies sensibles en 2027 et 2028. Des coupes dans le budget seront sans doute nécessaires. Des baisses d’impôts pour les classes moyennes pourraient être financées par une hausse des prélèvements pour les plus riches, une exigence du SPD. La CDU a donc besoin d’alliés qui ne se déchirent pas mais aussi sur la durée d’une sociale-démocratie stable et forte.
Une motion adoptée par la fédération de Basse-Saxe du parti de gauche allemand rejetant « le sionisme » a donné naissance à des accusations d'antisémitisme au sein de la formation. Une polémique qui tombe mal à quelques mois d'importantes échéances électorales.
Où s'arrêtent les critiques contre le gouvernement israélien ? À partir de quand certaines prises de position remettent-elles en cause l'existence de l'État hébreu ? Et quand peut-on parler d'antisémitisme ? Si ces questions alimentent des polémiques, notamment en ce qui concerne certaines prises de position pro-palestiniennes de partis de gauche comme La France insoumise en France, on les retrouve ailleurs en Europe, comme actuellement en Allemagne au sein et autour du parti de gauche Die Linke.
En cause : une motion adoptée récemment par sa fédération de Basse-Saxe qui affirme rejeter « le sionisme existant aujourd'hui » et se présente comme « la première fédération antisioniste » du parti.
Pour certains comme Andreas Büttner, l'ex délégué de Die Linke à l’antisémitisime dans le Land de Brandebourg qui a préféré rendre sa carte du parti, l'expression « sionisme existant »renvoie en effet à l'État d’Israël, si bien que la motion adoptée par« la fédération de Basse-Saxe revient à nier l'existence de l'État hébreu », affirme-t-il avant d'avancer une explication à cette initiative : « Le parti ne veut pas perdre ses membres qui défendent ces thèses et espère aussi gagner les voix des migrants avec des positions anti-israéliennes ».Die Linke, dont le nombre de militants a doublé ces dernières années, compte par ailleurs aujourd'hui dans ses rangs de nombreux jeunes beaucoup plus radicaux.
Face à ces accusations, la fédération de Basse-Saxe rejette, elle, toute forme d'antisémitisme. Mais si plusieurs responsables du mouvement ont fait profil bas, d'autres dirigeants plus âgés ont eux, déclenché de nouvelles controverses en voulant éteindre l'incendie. C'est par exemple le cas du patriarche Gregor Gysi, une figure historique du parti, qui a imputé ce genre de prises de position à des personnes d'origine étrangère, s'attirant en retour des accusations de racisme de la part de certains de ses camarades.
Au Bundestag, la présidente du groupe parlementaire de Die Linke, Heidi Reichinnek, a quant à elle tenté de recentrer le débat. Affirmant que son parti était résolument « aux côtés des Israéliens et des Palestiniens qui se battent pour la liberté et la justice », elle a ajouté : « Nous parlons d'un génocide lorsqu'il existe, peu importe qui le commet », rappelant aussi au passage que « le droit à l'existence d'Israël existe comme celui de la Palestine”.
À six mois de plusieurs scrutins régionaux qui revêtent une importance particulière, ces divisions constituent un risque pour Die Linke dont les membres sont très divisés sur ces sujets. À Berlin, la candidate du parti a ainsi pris position contre ses camarades de Basse-Saxe.
Après l’éclatement de la coalition constituée à l’automne 2024 entre le SPD et le nouveau parti BSW, la région revient à une constellation plus classique avec une alliance entre les sociaux-démocrates emmenés par le ministre-président Dietmar Woidke (à droite sur la photo) et la CDU dirigée par Jan Redmann (à gauche). Cette région qui entoure Berlin est dirigée depuis la réunification par le SPD avec différents partenaires au gré des législatures.
Comme les autres Länder dans la partie Est du pays, l’AfD arrive en tête dans les sondages dans le Brandebourg avec actuellement 34%. Ce terreau de longue date de l’extrême-droite s’exprime parfois sans réserve et de façon choquante comme récemment lors d’une soirée avec 100 à 150 jeunes (certains avaient onze ans) dans le Sud du Brandebourg qui scandaient “L’Allemagne aux Allemands, les étrangers dehors” https://www.youtube.com/shorts/DaVS3lhSAYY
Allez, on y croit ! Mais le passé rend assez sceptique. Cette liaison qui a ses émules a souvent déraillé dans ces dernières années. En 2023, les compagnies ferroviaires publiques de plusieurs pays européens rameutaient ministres des Transports et autres PDG pour un grand show à l’occasion de l’ouverture d’une liaison entre les deux capitales. Deux ans plus tard, en décembre dernier, elle appartenait déjà au passé après la décision de Paris de suspendre ses subventions.
Jeudi soir, un nouveau train de la société privée “European Sleepers” emportera les premiers dormeurs européens de Paris vers Berlin, une liaison assurée les mardis, jeudis et dimanches avec un départ à 18 heures et une arrivée dans la capitale allemande à 9 heures du matin. Dans l’autre sens, le départ s’effectue à 18.30 heures pour une arrivée à 11 heures, autant dire en milieu de journée… Peut mieux faire. A partir de juillet, le train qui passe par Bruxelles fera escale à Hambourg; quand la rentabilité l’emporte sur la ligne droite…
C’était il y a un an, avant même l’élection de Friedrich Merz comme nouveau chancelier. Une réforme constitutionnelle était adoptée pour lever le frein à la dette pour les dépenses de défense et pour créer un fonds de 500 milliards hors budget pour financer la nécessaire rénovation d’infrastructures germaniques en mauvais état.
Un an plus tard, des experts critiquent l’utilisation de ces moyens détournés à leurs yeux pour financer des dépenses courantes du budget fédéral. L’institut IW de Cologne estime que 86% du fonds spécial dépensé à ce jour ont été détournés de leur destination première. L’institut IFO de Munich arrive à des résultats similaires et évalue cette part à 90%. Ces études soulignent que si l’endettement de l’Allemagne s’est sensiblement accru l’an dernier, les investissements, eux, n’ont pas suivi dans la même proportion.
Si le ministère des Finances a contesté ces conlusions, elles confirment des craintes exprimées dès le départ contre ce mécanisme hors du commun. Au-delà, cette manne budgétaire impressionnante dissuaderait le gouvernement de mettre en place des réformes dont l’Allemagne a cruellement besoin.
C'est une première historique : les Etats-Unis qui disposent de copies des archives du parti nazi viennent de mettre en ligne des millions de documents en libre accès. Chacun peut donc vérifier en ligne si un membre de sa famille était par exemple membre du mouvement national-socialiste. Mais le site est très sollicité et les recherches pas forcément très simples.
Hans Huber, le patron d’une entreprise de papier, n’était pas un nazi convaincu. Lorsqu’il reçoit la mission de détruire à la fin de la guerre 65 tonnes d’archives du parti national socialiste NSDAP, il ne s’exécute pas. C’est grâce à lui que les Américains mettent la main sur des millions de fiches recensant les membres du mouvement hitlérien. Les historiens parlent de 8,5 millions de personnes soit un adulte sur cinq sous le IIIème Reich.
Si des chercheurs ont accès à ces documents en Allemagne, la protection des données privées jusqu’à 100 ans après la naissance d’une personne ne permet pas encore de les mettre en accès libre sur le net. Les plus jeunes membres du parti nazi étaient nés en 1928.
Aux Etats-Unis, où des copies de ces fichiers existent, les règles sont moins strictes. Toute personne privée peut donc vérifier un grand-père ou quelqu’un d’autre était membre du NSDAP. Mais le site est pris d’assaut. Et les recherches ne sont pas simples. Les experts rappellent que tout membre du parti nazi n’était pas un criminel. A l’inverse, une recherche négative ne signifie pas qu’on n’était pas lié au régime. Et 20% du fichier du NSDAP a disparu.
Entre 1941 et 1945, dans les rangs de la Wehrmacht ou de la SS, puis de la Milice, près de 30 000 Français se sont engagés aux côtés des nazis et ont participé à leur guerre d’extermination. Reconstituant les trajectoires d’une poignée d’entre eux, ce documentaire explore un chapitre méconnu de l’histoire de la collaboration militaire et de l’extrême droite française.
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-027698/les-soldats-francais-du-reich/
A voir, le documentaire d’Arte : “Habermas, philosophe européen”
https://www.arte.tv/fr/videos/098622-000-A/habermas-philosophe-et-europeen/