Cette lettre d’Allemagne sera d’abord consacrée à l’élection régionale la plus attendue depuis des années. Mais on y parlera également des deux autres scrutins du mois de septembre à Berlin et dans le Mecklembourg ainsi que des conséquences nationales de ces trois rendez-vous.
La sécurité avec le développement des attaques hybrides contre l’Allemagne et une possible réponse résolue de Berlin figurent également à l’agenda de cette édition.
Au menu par ailleurs : l’économie qui reprend du poil de la bête et la crise chez Volkswagen; histoire et culture avec un bunker sous la chancellerie de Htiler et une “piscine du peuple” qui a défrayé la chronique à Berlin; enfin, le nouveau spot ironique de la société des transports berlinois BVG qui explique que la ville et non Paris est la capitale de l’amour.
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Vous n’avez pas suivi l’actu allemande sur la plage, qu’à cela ne tienne : nous avons passé les dernières semaines en revue dans le Podkast de ma collègue Hélène Kohl. Si vous n’y êtes pas encore abonné, il n’est jamais trop tard pour bien faire.
L’air est soudainement irrespirable. Des centaines de vieilles mobylettes et motos est-allemandes, Simson, Schwalbe et autres MZ, démarrent. A cette pollution d’un autre temps s’ajoute celles des Trabant, les fameuses voitures en carton pâte made in GDR. La scène est impressionnante. En ce dimanche ensoleillé, l’AfD a rassemblé plusieurs milliers de personnes pour une grande kermesse populaire à Quedlinburg. Si la ville dans la région du Harz est un petit bijou architectural avec ses maisons à colombage rénovées à la perfection, la vie n’y est pas trépidante. Avec l’Alternative pour l’Allemagne, enfin un dimanche où il se passe quelque chose. Ces jeunes nés bien après la chute du mur chevauchent une mobylette qui pourrait trôner dans un musée de l’ex-RDA : “Elle appartenait à mon père. C’est un truc de famille. On a le droit de rouler avec jusqu’à 60 kilomètres heures. C’est la liberté”. Peu importe que l’AfD organise cette fête. Ils seraient aussi venus si un autre parti avait eu cette idée, bien loin des meetings électoraux de grand papa qui n’intéressent qu’une minorité de convaincus.
Ce monsieur au casque vintage a sorti sa Simson dans un état impeccable. Il affiche la couleur avec le drapeau allemand que seule l’AfD met en avant sans retenue alors qu’il est historiquement un symbole de la démocratie. La co-présidente du parti Alice Weidel a aussi droit à son autocollant noir-rouge-or. Le conducteur porte un foulard du parti et surtout un t-shirt affichant la star de l’AfD Ulrich Siegmund, tête de liste de son parti en Saxe-Anhalt. Quelques minutes plus tard, le poster boy de l’extrême-droite aux allures de gendre idéal prend la parole sur la scène.
Le candidat est le visage souriant de l’AfD. D’autres orateurs ont des accents plus radicaux. Lui les évite. Il positive parlant de jours nouveaux, d’un avenir radieux grâce à l’AfD et d’une “page d’histoire” qui doit s’écrire le 6 septembre. Les discours de Siegmund sont brefs. L’essentiel pour cette popstar, ce sont les autogrammes de ses groupies qui font la queue très longtemps pour rencontrer “Ulli” et se faire signer une carte, un t-shirt ou.. un exemplaire du magazine “Der Spiegel” qui a récemment titré sur “L’homme le plus dangereux d’Allemagne”.
Une une qui a provoqué une polémique. Faire de Siegmund le Siegfried qui va achever la démocratie allemande et l’ennemi numéro un comme autrefois des terroristes de la fraction armée rouge, peindre un scénario catastrophe qui serait déjà écrit confèrent à l’AfD et à son candidat une puissance et une attractivité néfastes. Certes, le parti atteint un score historique dans les sondages mais il ne faut pas l’oublier : l’AfD est minoritaire malgré tout dans cette région. La société civile se mobilise avant l’élection de dimanche prochain avec différentes initiatives qui plaident pour la diversité et la tolérance mais s’efforcent également d’aller au-delà de slogans creux qui n’interpellent que les convaincus en tentant de démonter l’argumentaire de l’AfD.
Dans ce dernier sondage en fin de semaine dernière, l’AfD séduit quatre électeurs sur dix. Le parti d’extrême-droite multiplierait par deux son résultat de 2021. Du jamais vu ! La CDU qui dirige ce Land depuis un quart de siècle arrive très loin derrière avec des pertes énormes. Il est vrai que le précédent ministre-président s’est fait prier pour céder sa place à son successeur potentiel. Sven Schulze qui dirige la région depuis janvier ne bénéfice pas du même bonus que des sortants aux manettes depuis plus longtemps. Les chrétiens-démocrates qui sont aujourd’hui à la tête d’une coalition avec le SPD et les libéraux du FDP auront bien du mal, si l’AfD n’atteint pas son but à savoir une majorité en sièges au parlement régional de Saxe-Anhalt, à bricoler une nouvelle alliance de gouvernement. Le parti de Friedrich Merz a rejetté il y a quelques années lors d’un congrès toute alliance avec l’AfD et Die Linke. Mais le mouvement de gauche, emmené par une responsable pragmatique, sera d’une façon ou d’une autre le faiseur de rois. Une coalition en bonne et due forme avec la CDU est donc exclue mais comme en Thuringe ou en Saxe, les conservateurs pourraient faire preuve d’une certaine flexibilité idéologique et bénéficier d’un soutien tacite de Die Linke au parlement.
"Le piège AfD”
Mais l’AfD conserve plus que jamais la possibilité de conquérir une majorité en sièges au parlement de Magdebourg, la capitale du Land. Le doublement de son score en cinq ans est impressionnant et difficile à expliquer rationnellement. Si le parti décrit un pays et surtout une région au bord du gouffre, la réalité a peu à voir avec ce panorama apocalyptique. Quand Ulrich Siegmund évoque avec nostalgie les années 90, il oublie un peu vite le chômage massif qui frappait cette région après la réunfication. Comme ailleurs dans l’ex-RDA, des transferts massifs ont permis qu’aujourd’hui le moindre village ressemble avec ses façades pimpantes à un décor de Disneyland; les infrastructures complètement refaites sont en meilleur état qu’à l’Ouest. Le chômage à l’Est n’est plus que légèrement supérieur à celui de l’Ouest. Le retard sur les retraites a été rattrapé. Si les patrimoines restent plus faibles dans la partie orientale comme les salaires, le revenu disponible ne l’est pas forcément si on prend en compte des loyers plus bas que dans les “anciens Länder”. Les électeurs individuellement ne considèrent pas leur situation personnelle négativement mais dressent un tableau sinistre de celle de leur région et des perspectives d’avenir. Le rejet de la politique et des partis établis et en partie de principes démocratiques est assez répandu.
“Wir sind das Volk”-”Nous sommes le peuple” : cette Trabant est-allemande au meeting de Quedlinburg affichait le slogan de la révolution pacifique de l’automne 1989 en RDA. A l’époque, les manifestants voulaient signifier par là que la légitimité leur appartenait et rejettaient les apparatchicks du parti communiste et la dictature de Berlin-Est. Aujourd’hui, l’AfD reprend ce slogan à son compte créant ainsi une analogie entre le régime d’hier et celui d’aujourd’hui. Le parti d’extrême-droite récupère avec talent le sentiment ambiant de beaucoup d’être abandonnés ou incompris. L’AfD c’est la revanche -pour forcer le trait- des Ossis (surnom des Allemands de l’Est) contre l’Ouest accusé d’avoir colonisé l’ex-RDA. Cela n’est pas un hasard si le mouvement organise ces tours en Simson pétaradantes avec Ulrich Siegmund en pole position. Il s’agit clairement d’afficher une identité est-allemande meurtrie pour beaucoup depuis un tiers de siècle. Un sommet a été atteint lors d’un meeting cet été où un humoriste proche de l’AfD a entonné l’hymne est-allemand. Les dirigeants de l’AfD, Ulrich Siegmund et le vice-président du parti Tino Chrupalla, un peu gênés aux entournures sourient et reprennent en choeur.
Le parti, un des plus extrémistes en Europe, a adopté en Saxe-Anhalt un programme des plus radicaux. Il prévoit par exemple la remise en cause de l’obligation scolaire, s’oppose à l’inclusion pour des enfants handicapés et veut des cours d’histoire qui mettent les chapitres positifs de l’histoire en avant. La première mesure après une possible victoire c’est la fin de l’appartenance de la Saxe-Anhalt au réseau de radio-télévision publique ARD honnni par l’AfD. La culture doit penser allemand et mettre l’identité nationale en avant. (je vous renvoie à mon reportage). L’AfD veut massivement renvoyer des immigrés en situation irrégulière et parle de “remigration” pour les autres. Autant de mesures pour lesquels Berlin est compétent. Le parti évoque la mise en place de milices à côté des forces de police. Une poltique nataliste doit être mise en place dans une région qui a perdu un tiers de sa population depuis la chute du mur (aujourd’hui 2,1 millions d’habitants) et où la main d’oeuvre étrangère est essentielle. L’ordre des médecins mais aussi les milieux économiques s’arrachent les cheveux.
Interrogé sur ce programme radical, Ulrich Siegmund tempère, précise que cela ne doit pas être pris au pied de la lettre, que les médias ont mal compris. Le parti, de plus en plus souvent, insiste pour dire que ses projets sont à comprendre sur la durée. Une étude a montré que les mesures causeraient un déficit supplémentaire de deux milliards pour la région dont le budget est de 15 milliards. Le programme n’est pas finançable. C’est aussi pourquoi celui formulé pour les 100 premiers jours ne comprend que des mesures symboliques peu coûteuses. L’AfD sait aussi qu’assumer le pouvoir peut susciter des déceptions, que le parti ne dispose pas du personnel pour gérer une région. La meilleure issue ne serait-elle pas de frôler la majorité absolue pour mieux rebondir, en Saxe-Anhalt et au-delà? Une AfD qui se fracasse à Magdebourg sur le mur de la réalité est-elle une perspective séduisante pour le parti à Berlin qui pense déjà aux élections nationales de 2029 avec des sondages qui lui donnent aujourd’hui près de 30% des voix dans l’ensemble du pays ?
Avec ses 600 000 abonnés sur Instagram et 820 000 sur TikTok, Ulrich Siegmund a une audience sans pareil comparée à celle de ses concurrents. La ferveur qu’il suscite impressionne. Mais on a vu lors d’un débat télévisé la semaine dernière que sa popularité ne l’aide en rien lorsqu’il s’agit d’argumenter. Le candidat a affiché le creux de ses propositions relancé par ses adversaires ou les animateurs.
Il n’empêche. Le parti d’extrême-droite est au centre des débats. Il parvient à séduire bien au-delà des milieux d’où il est issu. Son programme est peu connu ou n’effraie pas. L’esprit de renouveau qu’il représente pour beaucoup, le sentiment qu’il faut essayer quelque chose d’autre est très présent. On le constate en discutant avec certains visiteurs des meetings ou d’autres : le “Brandmauer” -ce mur pare-feu ou cordon sanitaire- dont le landerneau politico-médiatique nous bassine à longueur de journée n’existe pas sur le terrain. Au contraire, il est perçu comme une discrimination, comme un rejet injustifié de l’AfD. Et scander comme d’aucuns que tout électeur de ce parti est un nazi est un raccourci politique simpliste qui banalise le nazisme et met fin à toute compréhension du phénomène. Pendant ce temps là, le peloton en Simson derrière Ulrich Siegmund s’allonge toujours plus.
Les élections du 20 septembre
Berlin : un effet Mamdani ?
La capitale allemande est dirigée actuellement par une majorité CDU/SPD comme au niveau national. Le maire sortant de Berlin Kai Wegner, victime de ses mensonges sur sa gestion d’une vaste coupure d’électricité début janvier, a dû annoncer qu’il renonçait à mener à nouveau le combat. Il reste en poste jusqu’à la formation d’une nouvelle coalition. Son adjoint aux Finances est la nouvelle tête de liste des chrétiens-démocrates.
La CDU qui avait creusé l’écart lors des dernières élections avec 28% et dix points d’avance par rapport au SPD et aux Verts reculeraient massivement lors du scrutin du 20 septembre. La coalition actuelle ne séduisant plus que 30% des électeurs en raison également du recul sensible du SPD, la seule option pour les chrétiens-démocrates pour rester au pouvoir serait que l’alliance actuelle s’élargisse aux verts.
Aujourd’hui, c’est surtout le succès du parti de gauche Die Linke et de sa candidate Elif Eralp qui marque la campagne. Dans le sondage ci-dessus, le mouvement arrive en tête améliorant son score de 2023 de dix points. Il profite de la bonne santé du parti en général qui a bénéficié d’une vague d’adhésions massive dans une ville traditionnellement à gauche. Si cette pole position devait se confirmer, Elif Eralp pourrait être la première femme d’origine étrangère à diriger la ville. La fille d’immigrés turcs engagés à gauche qui avaient fui leur pays en 1980 est une juriste de formation qui habite à Berlin depuis 2010.
Le succès dans les sondages s’explique notamment par la question du logement, centrale dans cette campagne électorale. Face à l’augmentation sensible des loyers et au manque d’appartements disponibles, Die Linke prône une expropriation des grandes sociétés immobilières. Lors d’un referendum, une majorité avait soutenu dans le passé ce projet.
Ce succès de Die Linke permet arithmétiquement un remake de la coalition de gauche qui a gouverné Berlin de 2016 à 2023 et dont faisaient partie sous une direction SPD, les sociaux-démocrates et les Verts. Mais cette réédition est plus compliquée aujourd’hui. Des responsables importants de Die Linke ont claqué la porte de leur parti après le 7 octobre 2023 dénonçant des dérives antisémites au sein du parti. Des accusations qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui et que reprennent les partis concurrents. Die Linke comprend aujourd’hui de nombreux nouveaux membres plus radicaux et plus jeunes alors que l’ancienne garde était plus pragmatique. La question des expropriations divise au sein du SPD. Et les sociaux-démocrates qui étaient traditionnellement la force dominante à gauche veulent-ils être les partenaires d’une mairesse de Die Linke?
Il faut aussi noter que dans cette grande ville, l’AfD va désormais jouer dans “la cour des grands” alors que Berlin était traditionnellement une terre de mission pour ce parti qui pourrait le 20 septembre doubler son score. Une autre illustration du succès de l’AfD sur des terres qui ne lui étaient autrefois pas favorables.
Mecklembourg : le SPD conservera-t’il son fief ?
Les sociaux-démocrates gouvernent ce Land avec des coalitions différentes depuis 1998. Trois personnes seulement l’ont dirigé depuis dont la tenante du titre, Manuela Schwesig en poste depuis neuf ans. Cette populaire ministre-présidente fait partie des dirigeants de premier plan du SPD. Sa longévité à la tête de la région où elle a recueilli un score presque historique de près de 40% en 2021 explique son rôle particulier. Elle a aussi été ministre de la Famille au sein d’un gouvernement de grande coalition d’Angela Merkel de 2013 à 2017. Le nom de Manuela Schwesig est régulièrement évoqué pour prendre la direction du SPD sur la défensive. Elle a récemment décliné une telle option. Il y a enfin une minorité de Länder dirigés par les sociaux-démocrates avec cinq sur seize dont deux villes-Etats Brême et Hambourg.
Il est donc essentiel pour le SPD de sauver le soldat Schwesig le 20 septembre prochain. La ministre-présidente accuse un retard sensible par rapport à l’AfD mais comme dans le passé, elle peut espérer remonter son handicap grâce à sa popularité. Aujourd’hui, sa coalition avec Die Linke n’aurait pas de majorité en sièges. Si le score du SPD restait insuffisant, les Verts pourraient rejoindre la coalition actuelle, à condition que les écologistes franchissent la barre des 5%.
Les conséquences nationales des régionales de septembre
Elles seront centrales pour la stabilité de la coalition de Friedrich Merz. Pour le SPD, en perte de vitesse dans les sondages et dont la direction est sur la sellette, il est vital de conserver le Mecklembourg pour limiter les dégâts. La perte de cette région serait une catastrophe pour le parti et accélérerait le départ des deux co-présidents actuels, le ministre des Finances Lars Klingbeil et son homologue des Affaires sociales Bärbel Bas.
Pour la CDU, l’enjeu est encore plus important. La ville de Berlin reconquise en 2023 risque d’échapper aux chrétiens-démocrates. Mais c’est surtout en Saxe-Anhalt, un fief de longue date, que la situation est critique. Si l’AfD devait parvenir à emporter une majorité en sièges au parlement régional de Magdebourg, ce tremblement de terre historique remettrait sans doute en cause la légitimité de Friedrich Merz. Le très impopulaire chancelier sera cette semaine en campagne en Saxe-Anhalt sans meetings pour éviter les huées mais dans des entreprises avec un public trié sur le volet. Un succès de l’AfD relancerait les spéculations sur le départ prématuré du chancelier et son remplacement par un autre chrétien-démocrate. On évoque souvent le nom de Henrik Wüst qui dirige la Rhénanie du Nord Wesphalie mais il doit affronter une élection régionale au printemps prochain. Est-ce judicieux de quitter son poste avant une telle échéance?
“La base de la CDU veut changer la direction du parti. Celle du SPD aussi” “Enfin, la coalition est d’accord!”
Si l’AfD reste minoritaire en sièges, la CDU restera secouée par un score faible et par la difficile constitution d’une coalition pour soutenir le sortant Sven Schulze. Tous les députés chrétiens-démocrates resteront-ils droits dans leurs bottes et fidèles à leur parti comme l’affirme le ministre-président sortant ? Ou d’aucuns pourraient-ils dans le secret de l’isoloir au parlement soutenir l’AfD? Et comment gérer un discret soutien du parti de gauche Die Linke avec lequel officiellement la CDU rejette toute coopération ?
Pour l’AfD, la conquête d’une région constituerait un tournant historique comme pour l’Allemagne d’après-guerre. Et pour le parti fondé en 2013 qui depuis a affiché une opposition résolue aux gouvernements en place sans exercer de fonction éxécutive (sauf quelques mandats locaux). Lors du congrès de l’AfD début juillet à Erfurt, cette nouvelle étape, l’exercice du pouvoir, jouait un rôle central. La Saxe-Anhalt doit être un laboratoire pour le parti, la première étape vers la conquête d’autres régions en attendant une majorité au plan national. C’est le thème du livre de ce collègue spécialiste de l’AfD.
Attaques hybrides : l’Allemagne ne veut plus subir
Attaque ratée sur l’aéroport de Leipzig : une nouvelle qualité de la menace
L'Allemagne fait face à de nombreuses opérations de déstabilisation et de désinformation. La Russie est régulièrement suspectée ou accusée d’être derrière ces opérations, qui visent à créer un sentiment d’insécurité au sein de la population. Mardi 4 août, un drone muni d'explosifs a été déccouvert à l'aéroport de Leipzig. Son détonateur n’a pas fonctionné. Une catastrophe a pu être évitée. Des avions ukrainiens étaient visés.
Le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a parlé d’une « nouvelle forme» de danger concernant les attaques hybrides que subit l’Allemagne. Les vols de drones suspects au-dessus d’aéroports ou d’infrastructures critiques sont devenus monnaie courante. Mais l’attaque ratée de Leipzig constitue une première avec l’utilisation d’un drone transportant des explosifs.
Le ministre de l’Intérieur, connu d’ordinaire pour ses déclarations péremptoires a été très prudent après cette attaque sans vouloir exclure que des puissances étrangères soient impliquées. La Russie, suspectée ou accusée de nombreuses attaques hybrides est dans toutes les têtes.
Services secrets : les végétariens doivent devenir des carnivores
Des végétariens parmi les services secrets : c’est ainsi qu’un ancien patron du renseignement extérieur allemand avait qualifié son organisation pour évoquer les contraintes très strictes de ses agents et une efficacité qui font souvent sourire leurs homologues.
Cela doit changer. Après la « nouvelle époque » pour donner à l’armée allemande des moyens impressionnants, ce sont les services de renseignement qui doivent jouer à l’avenir en première division. Un projet de loi à cette fin à été adopté par le conseil des ministres à Berlin.
Pour des raisons historiques après les dérives du Troisième Reich, ils agissent dans un cadre réglementaire très strict. L’Allemagne d’après-guerre a crée des services de renseignement (intérieur et extérieur) et non des services secrets comme beaucoup d’autres pays. Leur mission est avant tout de récolter des informations et ce dans un cadre très strict. Des missions opératives sont exclues. Et puis comme dans le domaine militaire avec l’OTAN, l’Allemagne s’est longtemps reposée sur les services d’autres pays dont les Etats-Unis dont les informations ont à plusieurs reprises permis de déjouer des attentats. L’ancien chancelier Helmut Schmidt dans les années 70 avait eu un bon mot disant qu’il trouvait plus d’informations en lisant la presse suisse qu’en lisant les rapports de ses services. Poser des micros dans un appartement ou écouter une ligne de téléphone nécessite l’accord d’une commission du parlement.
Le BND n’a pas du tout vu venir l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a quatre ans et demis. Son responsable a dû être rapatrié dans l’urgence par des forces spéciales.
“Un nouvel acteur a été trouvé pour incarner James Bond” ironise le quotidien de gauche avec le portrait du ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt
Les services de renseignement, intérieur et extérieur, doivent devenir des services secrets, avec des compétences élargies pour la surveillance mais aussi pour effectuer des missions opérationnelles pour neutraliser des services informatiques à l’étranger en cas de cyberattaques par exemple, pour mener des actions de piratage ou pour supprimer des données.
Berlin préparerait une risposte ferme
Berlin a plutôt fait profil bas depuis l’attaque ratée sur l’aéroport de Leipzig. D’après la presse allemande, Berlin préparerait pour les prochains jours une risposte ferme qui ne se contenterait plus comme dans le passé de renvoyer quelques diplomates russes.
La ville de Berlin victime d’un chantage informatique
Une cyberattaque remontant à la mi-août a contraint les autorités à couper des administrations berlinoises du réseau officiell. Au départ, la municipalité avait affirmé qu’aucune donnée sensible n’avait été mise en cause mais en milieu de semaine, la ville a reconnu que cela pourrait être le cas. D’après l’hebdomadaire “Der Spiegel”, le groupe de hackers Rhysida qui avait dans le passé atttaqué la British Library de Londres, serait à l’origine de ce chantage. Les auteurs de l’attaque réclameraient l’équivalent de deux millions d’Euros faute de quoi ils menacent de publier des données sensibles.
Economie
La conjoncture reprend du poil de la bête
Il y a peu encore, les instituts de conjoncture comme le gouvernement revoyaient à la baisse leurs prévisions de croissance pour cette année. L’espoir que l’Allemagne remonte la pente après plusieurs années de récession et une croissance toute symbolique l’an dernier s’éloignait.
L’été est porteur de meilleures nouvelles que le printemps. L’augmentation des exportations a permis à l’économie de croitre de 0,3% au deuxième trimestre. L’Etat investit des milliards grâce au quoi qu’il en coûte pour la Bundeswehr et un fonds de 500 milliards d’Euros pour les infrastructures. Le moral des entreprises s’améliore; les carnets de commande de l’industrie se remplissent. Le pouvoir d’achat des consommateurs augmente grâce à la hausse des salaire réels.
L’Allemagne a mieux surmonté que prévu le contrecoup des troubles dans le Golfe. Divers instituts font machine arrière et double leur prévision de croissance pour cette année après l’avoir divisée par deux au printemps. Ils tablent à nouveau sur une augmentation d’un peu plus de 1% du PIB en 2026.
Volkswagen, la voiture du peuple à la peine
La situation reste «plus que critique» chez le constructeur automobile allemand Volkswagen, selon son PDG. L’entreprise prévoit un nouveau plan massif de suppressions d’emplois et des sites industriels seraient menacés. La communication de la direction est jugée « désastreuse» par le comité d’entreprise. La semaine dernière, le patron du groupe, Oliver Blume, a détaillé devant les salariés sur les différents sites les premières modalités de ce deuxième plan social après celui adopté en 2024.
“ça se répare ?” se demande le quotidien de Cologne
A l’époque, un accord conclu avec les partenaires sociaux a prévu la suppression de 50 000 postes sans licenciements secs. Aujourd’hui, 50 000 emplois seraient concernés. Aucune décision n’a encore été prise sur d’éventuelles fermetures. À terme, il pourrait ne rester que l’usine-mère de Wolfsbourg, en Basse-Saxe, siège de Volkswagen, ainsi que celle d’Ingolstadt, en Bavière, pour Audi. Une perspective lourde de conséquences pour les villes et les salariés concernés.
Les explications données mardi n’ont guère convaincu les représentants du personnel. « On ne peut pas travailler avec un patron qui ne dit pas à ses salariés ce qu’il en est réellement !», a déclaré Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise. Elle estime que la confiance dans la direction, et en particulier dans Oliver Blume, est désormais « abîmée». Le comité d’entreprise juge également la communication de Volkswagen « désastreuse».
La cogestion en vigueur dans les grandes entreprises allemandes donne aux syndicats une voix au conseil de surveillance. La Basse-Saxe, qui détient 20% du capital de Volkswagen, soutient traditionnellement les représentants des salariés. Ensemble, ils disposent d’une majorité qui a retoqué début juillet les plans de la direction. Le ministre-président social-démocrate de la région a de nouveau rejeté mardi toute fermeture d’usine. Chez Volkswagen, aucune solution ne peut donc être trouvée sans accord entre la direction et les représentants du personnel.
Les difficultés de Volkswagen tiennent notamment à son recul sur deux marchés importants. En Chine où le groupe a longtemps gagné beaucoup d’argent, la concurrence des constructeurs locaux réduit ses ventes. Dans le même temps, les voitures chinoises gagnent du terrain en Europe. Aux Etats-Unis, le marché est devenu plus difficile en raison des droits de douane imposés par l’administration Trump. À cela s’ajoutent les différentes crises du moment.
Berlin, son passé et sa piscine du peuple
Un bunker sous l’ancienne chancellerie de Hitler, menacé de destruction, provoque un débat historique
À Berlin, le centre du pouvoir nazi a largement disparu après la Seconde Guerre mondiale. Un grand bunker, sous l'ancienne chancellerie d'Adolf Hitler, est menacé par un projet immobilier. Historiens et experts se mobilisent pour sauver ce vestige qui pourrait servir de mémorial consacré au pouvoir nazi.
«Cabaret», le spectacle berlinois sur la montée du nazisme, fête ses soixante ans
Cabaret, la célèbre comédie musicale, fête cet automne ses 60 ans. Depuis plus de vingt ans, ce spectacle basé sur le livre de l'écrivain Christopher Isherwood se joue tous les étés à Berlin, là même où se déroule l'histoire, au début des années 1930 dans un Berlin hédoniste, mais où déjà les nazis gagnent du terrain. Un spectacle qui, près d'un siècle plus tard, conserve son actualité à l'heure où l'extrême droite bat des records en Allemagne.
Apartheid à l’envers ou discrimination positive?
Le directeur du célèbre théâtre de la Volksbühne a réalisé un rêve en créant un “Volksbad”, une “piscine du peuple” devant l’institution culturelle au centre de Berlin. Dans un premier temps, une polémique a eu lieu sans faire de vagues majeures sur la question de savoir si les subventions publiques devaient être utilisées pour barboter dans l’eau durant la pause de l’été du théâtre.
Mais le ton a monté autour d’un après-midi durant lequel la piscine était réservée à des enfants noirs. La taille modeste de l’infrastructure implique que l’on bloque un créneau en amont avant toute visite. L’extrême-droite mais aussi des médias conservateurs sont montés au créneau évoquant un “apartheid anti-blanc” et une discrimination inversée. Face à ces polémiques et des menaces qui suscitaient des craintes pour les enfants, l’organisation qui avait réservé la piscine a préféré annuler la visite. L'adjointe sociale-démocrate aux affaires sociales de la ville comme les partis de gauche ont dénoncé la polémique.
Berlin, la vraie ville de l’amour
La société des transports berlinois, BVG, est connue pour ses publicités drôles et ironiques. L’entreprise n’hésite pas à se moquer d’elle même, de ses retards et de ses dysfonctionnements. nt
