Kessel

Deux hommes et un bébé

C'est l'affaire politique de l'été : l'annonce par le président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, Jens Spahn, que lui et son mari venaient d'avoir un bébé grâce à une mère porteuse aux Etats-Unis . La nouvelle a d'abord déclenché de nombreuses réactions, souvent négatives, avant que l'heureux papa ne soit contraint à la démission.

Lettre d'Allemagne
11 min ⋅ 24/07/2026

Au menu également de cette Lettre d’Allemagne :
le maire sortant de Berlin, le chrétien-démocrate Kai Wegner tire sa révérence
AfD : un congrès victorieux pour les plus radicaux et quelques scandales supplémentaires
les Verts et la nouvelle masculinité
le bilan du conseil des ministres franco-allemand
culture : les 150 ans de Bayreuth et le passé sulfureux du festival


D’autres attaques et scandales n’ont pas eu raison de la carrière du très ambitieux Jens Spahn. C’est paradoxalement l’annonce d’une bonne nouvelle privée -la naissance d’un bébé- qui aura fait trébucher le patron du groupe parlementaire chrétien-démocrate au Bundestag. Cest son mari, l’homme d’affaires Daniel Funke qui a communiqué sur les réseaux sociaux en précisant que les deux hommes avaient eu recours aux Etats-Unis aux services d’une mère porteuse. Certains camarades de parti dont le chancelier ont félicité les heureux papas. Mais les réactions sur les réseaux sociaux ont été agressives notamment celles venant de l’extrême-droite.

Pour l’organisation regroupant des chrétiens fondamentalistes et des extrémistes de droite, Jens Spahn n’est pas devenu père, il a acheté un bébé

Un évêque bavarois a également parlé d’un “produit acheté”. Une critique étonamment reprise par une jeune responsable écologiste à la gauche du parti vert. Des activistes queer ont dénoncé le “privilége” dont a profité Jens Spahn, ses revenus et ceux de son mari leur permettant de recourir à une mère porteuse aux Etats-Unis. D’autres couples qui souhaiteraient contourner l’interdiction de la gestion pour autrui en Allemagne n’ont certainement pas les moyens de débourser au bas mot quelques dizaines de milliers d’Euros pour une telle démarche. Mais parmi les chrétiens-démocrates où les félicitations aux heureux papas n’ont pas été tonitruantes, certains peu enthousiastes ont commencé à prendre publiquement position pour dénoncer la double morale du président de leur groupe parlementaire au Bundestag. Car la gestation pour autrui est interdite en Allemagne. Un certain Jens Spahn, alors ministre de la Santé, s’y était opposée à nouveau il y a six ans. Dans une interview il y a une dizaine d’années, celui qui visiblement a changé d’avis déclarait ne pas pouvoir imaginer en tant qu’homosexuel avoir recours à une telle solution. Et enfin, la CDU a à nouveau réitéré lors de son dernier congrès au début de l’année son hostilité à la GPA.

Les critiques internes augmentant, Jens Spahn a été poussé à la démission. A quelques semaines d’élections régionales cruciales où un succès de l’extrême-droite est attendu, Friedrich Merz ne pouvait pas se permettre une polémique estivale sur la durée qui aurait nui aux chances de son parti, déjà bien faibles. L’AfD qui fait la course en tête dans les sondages n’a pas manqué non plus de s’en prendre à Spahn. Les déclarations de la co-présidente du parti d’extrême-droite Alice Weidel sur la “double morale” du dirigeant chrétien-démocrate illustrent cependant le bon vieux dicton “l’hôpital qui se moque de la charité”. L’égérie de l’AfD est lesbienne et vit avec une femme d’origine sri lankaise qui a deux enfants… Et la défenseuse de la patrie vit en Suisse, mais c’est un autre sujet.

A la une du quotidien conservateur FAZ : “Le rêve du petit prince”
avec Jens Spahn et son mari Daniel Funke

Les déclarations et autres publications sur les médias sociaux ont été très émotionnelles. Mais on peut s’interroger : auraient-elles été aussi virulentes si un couple hétérosexuel qui ne peut pas avoir d’enfant avait eu recours à la GPA? Il est vrai aussi que Jens Spahn est un homme politique qui polarise et que certains dans son camp comme ailleurs ont profité de la naissance de son bébé pour régler des comptes politiques. Spahn est connu pour des positions conservatrices sur des sujets sociétaux. Il entretient des liens avec des représentants de la sphère Maga aux Etats-Unis et d’aucuns estiment qu’il n'aurait rien contre un assouplissment du cordon sanitaire à l’encontre de l’AfD.

La décision de Jens Spahn annoncée samedi dernier de démissionner de son poste de président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag (il conserve son mandat de député) constitue un échec brutal et inattendu de cet ambtieux. Il est membre du parlement allemand depuis 2002; il avait à l’époque 22 ans. Et une candidature comme chancelier fait certainement partie de ses plans de carrière, aujourd’hui malmenés. Mais un come back est certain.

Les relations du démissionnaire avec Friedrich Merz n’ont jamais été simples. En 2018, ils étaient concurrents pour la présidence de la CDU après le retrait d’Angela Merkel. La dauphine de l’ex-chancelière Annegret Kramp-Karrenbauer l’avait finalement emporté. En 2021, Merz échoue à nouveau à prendre la tête du parti face à Armin Laschet (qui sera candidat malheureux à la chancellerie la même année) et dont le vice-président annoncé était… Jens Spahn. Lorsqu’en 2020, Friedrich Merz est interrogé sur la perspective d’un chancelier homosexuel, il répond : “Tant qu’il respecte les lois et qu’il ne touche pas à des enfants, cela est un non sujet”. Une sortie rétrograde condamnée par Spahn à l’époque.

“Le cas Spahn”

La démission de Jens Spahn a débouché sur un jeu de chaises musicales. Le chef de la chancellerie, Thorsten Frei, un proche de Merz, doit être élu la semaine prochaine à la tête du groupe parlementaire chrétien-démocrate au Bundestag. Pour la première fois, une femme sera aux manettes pour à la chancellerie pour cette fonction comparable à celle de chef de cabinet. La ministre de la Santé Nina Warken est récompensée pour l’adoption avant l’été d’une réforme de la sécu très difficile et quitte son poste où le secrétaire général de la CDU, un proche de Merz, Carsten Linnemann la remplace. Ce ramiement qui veut marqué un nouveau départ a toutefois été entâché par un couac. Le ministre des Transports annonçant de lui même qu’il était remercié; son successeur potentiel a changé d’avis au dernier moment et refusé le poste brouillant la communication de Merz.

“Deuxième essai”

Avec un règlement rapide du “cas Spahn”, le gouvernement et plus particulièrement les chrétiens-démocrates veulent montrer aux électeurs qu’ils agissent vite et ne laissent pas les choses s’enliser. Au début du mois, la coalition s’est par aileurs mise d’accord sur de nombreux projets, brisant l’image d’une aliance affichant ses désaccords et peinant à réformer le pays.

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La réforme fiscale attendue est moins importante que prévue car il fallait la financer et trouver des recettes importantes ailleurs ou couper dans les subventions. Néanmoins, la baisse de dix milliards de l’impôt sur le revenu doit profiter aux familles grâce aux mesures fiscales et aux allocations pour les enfants plus avantageuses. Une famille de deux enfants avec 60 000 euros de revenus paiera 600 euros d’impôts en moins. Les plus riches, au-delà de 250 000 euros par an, paieront plus d’impôts. Une concession des conservateurs aux sociaux-démocrates.

Le droit du travail est assoupli surtout pour les plus aisés avec des CDD qui pourront se succéder et des licenciements plus faciles. Une mesure qui doit profiter aux entreprises. Les absences pour maladie souvent critiquées seront combattues. Il faudra un arrêt de travail du médecin dès le premier jour et ce dernier ne pourra plus être délivré par téléphone. Autre mesure en faveur des entreprises une réduction sensible des contraintes bureaucratiques comme les obligations de documentation souvent dénoncées par les employeurs

Autre confirmation après le récent rapport d’une commission sur la réforme des retraites : l’âge légal pour partir partir en retraite sera repoussé, plus de retraite prématurée à temps plein et l’introduction d’un volet capitalisation pour stabiliser le système actuel. Enfin, la réforme de la sécurité sociale pour lutter contre un déficit menaçant est confirmée avec des pilules amères pour les bénéficiaires.

Le journal de gauche ironise en plagiant les louanges envoyées par Merz à l’équipe allemande sortie du mondial : “Quel paquet de réformes ! Grâce à votre engagement et votre esprit d’équipe, vous avez enthousiasmé notre pays. Nous sommes fiers de vous !”

Les experts économiques regrettent que la réforme fiscale n’ait pas été un grand soir mais reste modeste. Ils critiquent le fait qu’elle ne permettra pas d’accélérer autant que souhaité la croissance. Les milieux économiques auraient également souhaité plus sur ce dossier. Ils saluent en tout cas les assouplissements du droit du travail et la réduction des contraintes bureaucratiques pour les entreprises. Les syndicats eux font grise mine et voient cette flexibilisation du marché du travail d’un mauvais œil.

Mais avec ce paquet de réformes, le gouvernement Merz espère avant tout avant la pause de l’été pouvoir prouver aux Allemands qu’il agit, est capable de se mettre d’accord sans querelles ostentatoires sur un paquet de réformes touchant de nombreux domaines. L’année dernière, Friedrich Merz avait promis un automne des réformes qui s’est révélé être un flop et les premiers mois de 2026 ont aussi mis l’impatience des Allemands à dure épreuve.

Jamais un gouvernement n’a été aussi impopulaire depuis la guerre. Le succès de l’extrême-droite dans les sondages avec près de 30% en tête devançant de loin les chrétiens-démocrates du chancelier traduit cette frustration ambiante. Après les résultats de la commission sur les retraites récemment que le gouvernement veut reprendre entièrement, l’accord d’aujourd’hui doit créer un sursaut. C’est aussi le sens de l’appel de Friedrich Merz à ses concitoyens : « Nous savons que vous voulez des réformes et ne voulez pas de querelles. C’est exactement ce que nous avons fait. Rejoignez-nous, soutenez-nous ! »

Les élections régionales de septembre où l’extrême-droite doit faire un tabac dans la partie Est du pays constitueront un test. En Saxe-Anhalt, l’AfD pourrait arriver au pouvoir.

L’AfD : succès électoraux attendus en septembre sur fond de bisbilles et autres scandales

Le parti d’extrême-droite a tenu son congrès au début du mois. Il a été marqué par une confirmation du poids des plus radicaux qui ont décroché presque tous les postes au sein des instances de direction. Mais cette force et cette unité affichée ne permettent pas de faire taire les querelles internes comme on l’a vu depuis dans la fédération de Rhénanie du Nord Westphalie où deux camps s’opposent farouchement.

“Weidel et Chrupalla réélus à la tête de l’AfD” : mais la première a été reconduite confortablement; son homologue a lui été sanctionné

Beaucoup d’orateurs ont souligné que le parti devait dorénavant se préparer à l’exercice du pouvoir et ne plus se contenter d’une opposition radicale. En Saxe-Anhalt, l’AfD est aux portes du pouvoir. Un sondage tout frais confirme la large avancée du mouvement avec 41% des intentions de vote, très loin devant la CDU créditée de 24% des voix. Une majorité en sièges est à portée de main pour l’AfD.

Mais la campagne dans cette région de l’Est du pays ne va pas sans anicroches. A Dessau, un humoriste proche du parti a entonné l’hymne de la RDA communiste lors d’un meeting de l’AfD. Curieux au premier abord pour un parti d’extrême-droite. Mais il surfe sur la nostalgie des Allemands de l’Est et n’hésite pas à s’approprier des symboles de l’ex-RDA. Sur la vidéo du meeting le public reprend en choeur. Elle a provoqué un tollé de protestations parmi les concurrents du parti d’extrême-droite dénonçant cette récupération du passé est-allemand et réhabilitant au passage la dictature communiste.

Sondage Saxe-Anhalt : l’AfD écrase ses concurrents. La CDU au pouvoir aujourd’hui avec le SPD (laminé dans cette étude) et les libéraux n’est créditée que de 24% contre 37% lors des élections de 2021.

Lors de cette même manifestation, l’humoriste très en forme s’est aussi demandé où était Stauffenberg (celui qui avec d’autres conjurés a tenté le 20 juillet 1944 de tuer Hitler) lorsqu’on avait besoin de lui faisant référence à Friedrich Merz. L’AfD ne recule devant aucun parallèle entre la RDA communiste ou le Troisième Reich et l’Allemagne d’aujourd’hui et ce bien que le pays vive (à l’ouest) dans un système démocratique depuis plus de 80 ans. A Berlin, lors des commémorations de l’attentat manqué du 20 juillet 1944, l’historien Tobias Korenke, petit-fils d’un résistant à Hitler assassiné en avril 1945, s’est levé pour retirer la gerbe déposée par l’AfD avant une altercation avec le service de sécurité. Dans une interview réalisée après son geste, il déclare : “Je ne veux pas que mon grand-père soit mort pour rien.”

Le danger que représente l’AfD provoque un nouveau débat sur une possible interdiction du parti. La société civile se mobilise. L’artiste très engagé Danger Dan a écrit un texte appelant les Allemands à s’organiser contre le parti d’extrême-droite ce qui peut être compris comme une remise en cause du monopole de la violence dévolue à la puissance publique. C’est pour cette raison que la chaine publique ZDF a décidé de déprogrammer l’artiste qui était invité dans une de ses émissions. Une décision qui a suscité une polémique.

Danger Dan “Keine Angst”

A Berlin, le maire sortant jette l’éponge

Le bourgmestre régnant (c’est son titre officiel) tire sa révérence. Le chrétien-démocrate Kai Wegner, empêtré depuis janvier dans des déclarations contradictoires devenues des mensonges en bonne et due forme a fini par tirer les leçons d’une affaire qui ne le lâchait plus et empoisonnait sa campagne alors que l’on vote à Berlin le 20 septembre.

Au début de l’année, des quartiers du Sud-Ouest de la capitale allemande ont été frappés par un black out dû à un attentat d’extrémistes de gauche contre les infrastructures. Des milliers de foyers ont été privés d’électrité et parfois de chauffage alors que Berlin était touchée par une vague de froid. Kai Wegner s’est contredit et a livré une version non véridique de son agenda au premier jour du black out. Il avait notamment dû reconnaître qu’il était allé jouer au tennis, un aveu qui le poursuivra sans doute jusqu’à la fin de ses jours et a suscité des blagues à la pelle.

Le maire sortant a donc abandonné. il reste en place mais ne mènera plus la campagne de son parti pour les élections du 20 septembre. Il ne fera pas plus partie de l’équipe qui dirigera la ville si la CDU devait se maintenir au pouvoir.

Les jeux sont encore ouverts à deux mois du scrutin. Dans ce dernier sondage, l’AfD arrive pour la première fois en tête alors que le parti d’extrême-droite est traditionnellement à la peine dans les grandes villes. Au total, cinq partis sont dans un mouchoir de poche ce qui rend les pronostics difficiles. Les chrétiens-démocrates ne pourront se maintenir au pouvoir qu’en gouvernant avec les Verts et le SPD. Aujourd’hui, CDU et sociaux-démocrates dirigent ensemble la ville. Il est aussi envisageable qu’une coalition de gauche (SPD, Verts, Linke) reviennent aux affaires sous l’égide du parti qui arrivera en tête. Les polémiques autour de personnalités et de prises de position de Die Linke critiquées comme antisémites pourraient toutefois rendre cette traditionnelle alliance à Berlin plus difficile que dans le passé.

Les Verts et le masculinisme

Les écologistes ont été depuis la création du parti il y a près d’un demi siècle le mouvement des minorités et ont défendu des thèses féministes promouvant l’émancipation des femmes. Pour certains, c’est une véritable émasculation des hommes que prônerait le parti et ses adeptes. A l’heure où l’extrême-droite séduit les jeunes en promouvant des valeurs viriles, certains au sein des verts s’interrogent : ne faut-il pas revoir notre image de la gente masculine et ne pas abandonner ces jeunes électeurs mâles à l’extrême-droite ? Début juillet, une quinzaine de responsables écologistes ont présenté un manifeste en ce sens. “Nous avons défini ce que les hommes ne devaient pas être, dominants, violents, répressifs. C’est pertinent et important. Mais nous avons oublié de définir ce qu’une saine masculinité devait être” écrivent les auteurs de ce manifeste.

Le co-président du parti Felix Banaszak n’a pas hésité il y a quelques mois à donner une interview au magazine “Playboy”, une première pour un dirigeant écologiste. Il y déclarait : “Tu peux faire de la gonflette au club de sport ou te mettre du vernis à ongles. Tu peux faire de la gonflette avec du vernis à ongles. Tu peux circuler à vélo ou en BMW X3. Aucun problème. Mais ne sois pas un trou du cul !” Les prochaines élections montreront si le manifeste des verts porte ses fruits.

Le président de la république a déménagé

Frank-Walter Steinmeier a quitté la résidence officielle des chefs de l’Etat, le château de Bellevue qui va être rénové entièrement durant plusieurs années. L’actuel président en poste jusqu’en mars prochain s’est installé dans un nouveau bâtiment plein de couleurs à deux pas de la chancellerie et de la gare centrale de Berlin.

Economie

-conseil de surveillance de Volkswagen

Une réunion très attendue du conseil de surveillance chez Volkswagen s'est tenue à la mi-juillet alors que le constructeur automobile est en difficulté et des informations de presse évoquaient un plan d'économies historique. Mais à l'arrivée, les mesures annoncées restent floues sur des suppressions d'emplois et des fermetures d'usine. Les syndicats en colère réclament de la direction des informations claires.
Un plan de douze mesures doit permettre à Volkswagen en difficulté de reprendre des couleurs. Face au recul des ventes en Europe comme en Chine et aux incertitudes liées aux droits de douanes pour le marché américain, l’heure est à la réduction des capacités et des coûts. Volkswagen veut produire moins de voitures -neuf millions par an au lieu de dix aujourd’hui et pour rappel 12 avant la pandémie de Covid. La gamme des modèles doit être réduite de moitié et les options des trois quarts.
Le communiqué de Volkswagen au terme d’une réunion du conseil de surveillance très attendue ne donne en revanche aucun chiffre sur des suppressions d’emplois supplémentaires ou des fermetures de site. Dans la presse, il était question de 100 000 postes en moins au lieu de 50 000 prévus jusqu’à maintenant. Quatre usines en Allemagne seraient menacées.



-coopération Framatome/Rosatom

L'Union européenne vient de se mettre laborieusement d’accord sur un nouveau paquet de sanctions contre la Russie plus de quatre ans après l'invasion de l'Ukraine par Moscou. Mais ces mesures ont des exceptions notables comme pour les livraisons de pétrole à certains pays ou pour alimenter les centrales nucléaires de l'Est de l'Europe livrées par la Russie avec de nouvelles barres de combustible. Un projet à cette fin vient d'être autorisé en Allemagne. Une filiale du groupe français Framatome doit produire ces élements dans le cadre d'une coopération avec l'entreprise russe Rosatom. Une décision qui suscite des polémiques.
« Ça n’est pas une usine de chocolats. C’est un signal désastreux pour l’indépendance énergétique de l’Europe » : le ministre écologiste de l’Environnement de la région de Basse-Saxe a dû autoriser la production de combustible nucléaire dans l’usine de Lingen mais Christian Meyer n’a pas manqué de penser tout le mal qu’il pensait du projet. Le ministère fédéral de l’Environnement avait estimé que l’absence de sanctions européennes contre la Russie dans le secteur nucléaire ne permettait pas une interdiction de cette coopération franco-russe. Les défenseurs de l’environnement, les Verts mais aussi des chrétiens-démocrates dénoncent le projet : le député CDU qui dirige la commission parlementaire contrôlant les services secrets, Marc Heinrichmann, estime que la Russie veut « conserver le contrôle des points centraux de nos infrastructures critiques ».
Les autorités soulignent toutefois que des mesures de sécurité ont été prises alors que l’espionnage et les cyberattaques russes augmentent. Les employés de la filiale du groupe Rosatom ne pourront entrer sur le site de Lingen que dans des cas exceptionnels et limités. Les équipements et les logiciels russes seront passés au crible.
Le député CDU Heinrichmann a appelé Framatome à renoncer à son partenariat russe et souligne qu’une solution alternative existe, les Etats-Unis fournissant l’Ukraine avec les barres de combustible nucléaire.

-Deutsche Bahn veut interdire la consommation d’alcool dans toutes ses gares

A défaut d’avoir des trains à l’heure, l’entreprise ne veut pas que les passagers noient leur impatience sur les quais dans l’alcool. L’interdiction qui vaut déjà dans les gares les plus importantes doit être étendue à l’ensemble des 5400 gares du pays à l’automne.

"L’ICE 506 à destination de Munich est annulé. Une bonne nouvelle pour nos passagers alcoolisés : vous resterez sobres jusqu’à l’arrivée du train de remplacement”

Le bilan du conseil des ministres franco-allemand

Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont retrouvés pour leur probable dernier conseil des ministres commun la semaine dernière près de Cologne. Après l’enterrement douloureux du prestigieux projet d’avion de combat commun Scaf, Paris et Berlin voulaient rebondir et montrer que la coopération militaire entre les deux pays ne reste pas lettre morte. La “dissuasion avancée” proposée par la France prend corps. Le commandement des forces aériennes stratégiques françaises et la Luftwaffe ont conduit une opération commune. Le conseil de défense et de sécurité franco-allemand s’est tenu symboliquement sur une base aérienne et les deux avions de combat, le Rafale pour la France et l’Eurofighter pour l’Allemagne étaient côté à côté. D’ici la fin de l’année, des forces allemandes doivent participer à un exercice nucléaire français.

Si le SCAF est mort, le pilier de cloud de combat, l’architecture logicielle du système, doit être poursuivi. A l’avenir, Paris et Berlin veulent mettre en place une “nouvelle gouvernance” sur les questions de sécurité pour éviter les bisbilles interminables du passé.

La dissuasion avancée proposée par Emmanuel Macron survivra-t’elle à une éventuelle victoire de Marine Le Pen à la présidentielle. On s’interroge à Berlin : “Merci de m’avoir emmené Emmanuel. Mais tu crois que ça nous protégéra aussi de Le Pen ?”

L’idée de souveraineté européenne chère à la France s’impose peu à peu en Allemagne même si Paris émet des craintes sur les moyens déployés à Berlin avec le soupçon que le cavalier seul l’emporte parfois ou que le réflexe atlantiste prenne le dessus. L’achat de missiles de longue portée américains Tomahawk annoncé récemment par Friedrich Merz a suscité des haussements de sourcils à Paris. L’Allemagne veut s’efforcer autant que possible de réduire ces inquiétudes françaises.

Le conseil des ministres franco-allemand a aussi accouché d’une longue feuille de route sur d’autres dossiers. Cela vaut pour le projet d’union bancaire en Europe que les deux pays veulent enfin concrétiser cette année, l’intelligence artificielle, les enjeux technologiques, la fusion nucléaire, l’informatique quantique ou encore le spatial.


Le festival de Bayreuth et son passé sulfureux

C'est le temple des Wagnériens. Chaque année, la petite ville de Bayreuth en Allemagne abrite le festival de réputation mondiale consacré au célèbre compositeur allemand Richard Wagner. L'édiiton 2026 qui s’ouvre ce vendredi est un cru particulier car elle marque le 150ème anniversaire du festival. A cette occasion, l'arrière-petite fille du compositeur qui dirige le festival souhaite évoquer les chapitres moins flatteurs de l'événement, l'antisémitisme de WAgner et les liens de la famille avec Hitler.
« Personnalité controversée en raison de ses positions antisémites » : depuis peu, cette précision orne les panneaux de la rue Richard Wagner à Bayreuth. La même mention a été ajoutée pour la rue Cosima Wagner, la veuve du célèbre compositeur.


Aux positions antisémites des fondateurs du festival il y a 150 ans s’ajoute les liens étroits plus tard avec Hitler, grand admirateur du compositeur allemand. La belle-fille de Wagner, Winifried qui dirigea le festival de 1930 à 1945 avait fourni à Hitler en prison du papier pour écrire son pamphlet antisémite « Mein Kampf ». En 1975, Winifried Wagner déclarait dans un documentaire : « Si Hitler arrivait à l’instant, je le saluerais avec autant de joie qu’autrefois ». Un historien qui vient de publier le livre « De Bayreuth à Auschwitz » présente les Wagner comme « la famille royale du IIIème Reich et la ville bavaroise comme un lieu central pour le régime nazi.
Pour ses 150 ans, le festival souhaite évoquer ce douloureux passer avec l’essayiste Michel Friedman, ancien président du conseil central des juifs d’Allemagne. Il a été désinvité avant d’être à nouveau invité et prendra la parole dimanche. Le mois dernier, dénonçant la volte-face du festival il déclarait : « le sol de Bayreuth est contaminé »

Lettre d'Allemagne

Par pascal thibaut

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