La classe politique affiche sa solidarité avec Israël et la communauté juive. Mais celle-ci regrette un manque d'empathie de la société allemande et s'inquiète d'une montée des actes antisémites. Beaucoup de personnes sont partagées. La communauté palestinienne et ses soutiens mobilisent malgré des interdictions.
Les réactions dans la grande majorité de la classe politique allemande ont illustré depuis le 7 octobre une solidarité de principe avec l’Etat hébreu qui marque le pays depuis la guerre. La responsabilité historique à l’égard de la communauté juive après la shoah explique ce positionnement traditionnel résumé par la formule d’Angela Merkel, reprise devant le Bundestag par Olaf Scholz : la sécurité d’Israël constitue une “raison d’Etat” pour l’Allemagne.
Cette solidarité se retrouve au sein de la population comme le montrent différents sondages, mais avec des nuances. 58% des Allemeands jugent la réponse de l’Etat hébreu aux attaques du Hamas appropriée mais près d’un quart des personnes interrogées (23%) est d’un avis contraire et la juge disproportionnée. Les électeurs chrétiens-démocrates sont les plus résolus soutiens d’Israël (69%); le parti de gauche Die Linke, tradionnellement pro-palestinien, se démarque radicalement avec seulement une personne sur cinq soutenant la riposte israélienne.
"Israël et la gauche oui, mais"
Le soutien d’une partie de la gauche à la cause palestinienne n’est pas récente. Mais des changements sensibles sont visibles sur la relation de l’Allemagne avec son passé. La culpabilité ou tout au moins la responsabilité devant l’histoire a marqué cette frange de l’échiquier politique durant des décennies. Les slogans scandés par des manifestants de gauche devant le ministre allemand des Affaires étrangères à Berlin “Free Palestine from German Guilt” (“libérez la Palestine de la culpabilité allemande”) ne sont pas forcément représentatifs mais constituent une rupture. De telles déclarations étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême-droite, empressée de se débarrasser du poids trop lourd du passé. Lorsqu’un lieu symbolique de la gauche alternative à Hambourg, le centre culturel “Rote Flora”, a affiché sur sa façade “Killing Jews is not fighting for freedom” (“tuez des juifs ne signifie pas se battre pour la liberté”), il se démarquait clairement de la ligne dominante au sein de cette gauche allemande. Le centre a été rapidement critiqué.
"L'antisémitisme en Allemagne. Nous avons peur"
Les attaques du Hamas contre Israël ont une fois de plus eu des retombées en Allemagne comme à chaque crise au Moyen Orien qui attise les haines et les tensions. Les actes antisémites ont sensiblement augmenté depuis le 7 octobre. Des juifs ont peur de sortir de chez eux. Une synagogue a été attaquée à Berlin, des façades d’immeubles marquées d’une étoile de David. Des parents ont préféré certains jours ne pas envoyer leurs enfants à l’école. Des adultes n’ont pas été travailler pour s’éviter des discussions avec des collègues musulmans. La communauté juive reproche à la société allemande son manque d’empathie. Comme dans d’autres pays, le monde culturel, d’ordinaire prêt à se mobiliser, est resté très silencieux. Voir mon reportage sur RFI : Guerre Israël-Hamas: la communauté juive allemande inquiète face à la montée des actes antisémites (rfi.fr)
La communauté juive berlinoise a dressé symboliquement une table pour les otages retenus par le Hamas
Les attaques du Hamas ont été suivies dans différentes villes par des manifestations de soutien aux Palestiniens. Elles ont été marquées par des débordements. Une vidéo, virale sur le net, montre ainsi un jeune homme à Hambourg déclarer : “Je suis pour Adolf Hitler, gazez les juifs”. Des déclarations antisémites ont été proférées lors de manifestations. Les forces de l’ordre sont intervenues à de nombreuses reprises; des rassemblements ont été interdits en amont par crainte de débordements. Mais ces mesures radicales sont problèmatiques juridiquement et politiquement : la liberté d’expression et celle de manifester font partie intangible de l’Etat de droit. Si des débordements antisémites ou autres ont lieu en marge de rassemblements, leurs auteurs doivent être immédiatement interpellése et poursuivis. Mais l’interdiction pure et simple d’une manifestation ne peut qu’attiser les frustrations et marquer au fer rouge une communauté diverse avec le risque de creuser le fossé entre migrants musulmans et le reste de la société. Une manifestation de soutien au peuple palestinien avec 11 000 participants d’après la police (1500 étaient annoncés) s’est déroulée samedi à Berlin sans problème majeur. Une autre est annoncée pour le prochain week-end.
"L'abstention est-elle une prise de position ?"
Le gouvernement allemand marche sur des oeufs entre sa solidarité de principe à Israël et le souhait que la riposte de l’Etat hébreu dans la bande de Gaza ne conduise pas à une catastrophe humanitaire. Lors d’un sommet européen en fin de semaine dernière, Berlin a rejeté une première mouture d’une déclaration exigeant un cessez-le-feu qui pour le gouvernement allemand aurait remis en cause le droit d’Israël à riposter. La déclaration finale évoque la mise en place de “pauses” et de “couloirs humanitaires”. A l’ONU, l’Allemagne s’est abstenue lors d’un vote sur une résolution demandant un cessez-le-feu mais qui ne mentionnait pas la responsabilité initiale du Hamas. Le conseil central des juifs d’Allemagne a condamné l’absence de positionnement de Berlin. L’ambassadeur israélien a regretté cette abstention. Dans la classe politique, cette décision a aussi suscité des débats. Au sein même de la coalition au pouvoir, elle a été dénoncée par le secrétaire général du parti libéral. Des chrétiens-démocrates et des responsables SPD ont également estimés que l’Allemagne auraient dû voter contre cette résolution pour rester fidèle à sa solidarité de principe avec Israël.
Le chancelier allemand est pour la troisième fois en Afrique depuis son entrée en fonction il y a moins de deux ans. Olaf Scholz est parti dimanche matin au Nigéria et se rendra ensuite au Ghana. Un déplacement qui illustre l’intérêt grandissant de Berlin pour le continent.
Les dossiers économiques jouent un rôle central durant ce voyage. La remise en cause du modèle énergétique allemand après la fin des livraisons de gaz russe contraint Berlin à multiplier les contacts avec d’autres pays. L’Allemagne importe déjà du pétrole nigérian. Le pays dispose de réserves importantes en gaz qui sont susceptibles d’interesser Berlin pour diversifier ses importations. Cela vaut aussi pour diverses matières premières.
Les questions démographiques constituent le second volet de ce déplacement. Olaf Scholz a plaidé au Nigéria pour un partenariat afin de réguler les flux migratoires. Le rapatriement de Nigérians qui n’ont pas obtenu le droit d’asile en Allemagne est en discussion ainsi que le développement de filières légales pour permettre à une main d’oeuvre qualifiée de venir travailler en Allemagne. La bonne formation dont bénéficient les informaticiens ghanéens, deuxième étape du déplacement d’Olaf Scholz, n’a pas non plus échappé aux responsables allemands. Le voyage du chancelier intervient trois semaines avant un quatrième sommet du G20 sur les investissements en Afrique qui se tiendra à Berlin.
Le président de la république, Frank-Walter Steinmeier, s’est envolé lui ce lundi pour un voyage de quatre jours en Tanzanie et en Zambie. Sa première destination est une ancienne colonie allemande (de 1885 à 1918) et le travail de mémoire figurera au programme du déplacement du chef de l’Etat. La répression brutale contre le soulèvement des Maji-Maji entre 1905 et 1907 s’était soldé par la mort de 300 000 personnes.
Ce lundi, la ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser, était au Maroc. Les questions migratoires étaient au centre de ce déplacement. Il s’agissait là aussi d’évoquer le rapatriement de Marocains déboutés du droit d’asile mais aussi la coopération économique et la mise en place de filières pour la venue d’une main d’oeuvre qualifiée vers l’Allemagne.
Le club de RFI Berlin organise avec la société allemande pour la politique étrangère DGAP un débat franco-allemand sur l'Afrique le 14 novembre à Berlin. Une traduction simultanée est prévue. Lien pour l’inscription de cette manifestation (uniquement sur place) : Registrierung - Politik zwischen Westafrika, Deutschland und Frankreich (office.com)
L'Allemagne veut durcir sa politique migratoire alors que le nombre de demandeurs d'asile a augmenté sensiblement cette année et que le pays a par ailleurs accueilli un million de réfugiés ukrainiens. Un projet de loi a été adopté la semaine dernière en conseil des ministres pour faciliter les expulsions de migrants déboutés de leurs demandes d'asile.
« Nous devons expulser massivement les personnes en situation irrégulière » : la une martiale du magazine « Der Spiegel » avec une interview d’Olaf Scholz annonçait la couleur. Quelques jours plus tard, le gouvernement allemand adopte un projet de loi permettant de faciliter les expulsions de migrants dont les demandes d’asile ont été rejetées. La police sera dotée de compétences supplémentaires lors de perquisitions pour pénétrer dans les appartements voisins ou passer au peigne fin les ordinateurs et autres portables de personnes dont l’identité n’est pas claire. Les personnes à expulser ne seront plus prévenues en amont pour éviter qu’elles ne choisissent la clandestinité. Elles pourront être détenues durant 28 au lieu de dix jours pour faciliter les procédures.
Les mesures plus dures rappellent une clause du contrat de coalition adopté il y a deux ans. Mais certains à la gauche du SPD et chez les Verts trouvent que ces mesures vont trop loin. Les conservateurs les jugent insuffisantes. Des experts s’interrogent sur leur efficacité car souvent les pays d’origine ne veulent pas reprendre leurs concitoyens. Le projet de loi s’explique aussi par la montée de l’extrême-droite. Il s’accompagne de mesure qui doivent à l’inverse faciliter l’intégration des migrants notamment dans le monde du travail.
Pour le quotidien "Bild Zeitung", le nouveau projet de loi n'est qu'un "grand bluff"
Le spectre agitait la scène politique depuis des mois. Le parti de gauche Die Linke était en crise de nerfs permanente, menacé d’une scission alors que le parti végète autour de 5% dans les sondages. Depuis une semaine, ce qui n’était plus une surprise, est désormais confirmé : Sahra Wagenknecht qui polarise et divise Die Linke quitte avec d’autres le parti et annonce pour le début de l’année prochaine le lancement d’un nouveau mouvement baptisé modestement “BSW” “Alliance Sahra Wagenknecht”.
La franc-tireuse, poil à gratter de la gauche allemande, lui donne de l’urticaire depuis des années. Sahra Wagenknecht, égérie des innombrables talk shows allemands, est une figure charismatique et éloquente. Elle dénonce la dérive “wokiste” d’une certaine gauche “lifestyle” qui s’occupe plus de questions identitaires que des problèmes des Allemands. Elle veut remettre le social au coeur des débats avec des propositions qu’on retrouve chez les sociaux-démocrates, une politique économique qui évoque beaucoup le Mittelstand, ces PME pilier du made in Germany. Mais Sahra Wagenknecht joue aussi la carte nationale et dénonce depuis des années les dangers de l’immigration. Une position aux antipodes du programme de Die Linke qui reste fidèle à un internationalisme de gauche, également sur les questions migratoires. Sahra Wagenknecht évoque ainsi 700 000 appartements manquants en Allemagne et établit un lien avec une immigration “incontrôlée” qu’il convient de stopper.
”Alternative pour l’Allemagne ?” L’hebdomadaire de gauche provoque avec une référence au parti d’extrême-droite AfD et affirme “De gauche et conservatrice : le nouveau parti de Sahra Wagenknecht veut donner une autre voix à la colère, la peur et la déception”.
Sahra Wagenknecht, comme Die Linke, dénonce les sanctions contre Moscou et défend une reprise des livraisons de gaz et de pétrole russes. Elle prône une “politique de détente” oeuvrant “pour la paix et la diplomatie”. Elle s’oppose logiquement aux livraisons d’armes à l’Ukraine qui pour elle ne feraient qu’envenimer le conflit.
L’avenir dira si Sahra Wagenknecht aura plus de succès avec ce nouveau parti qu’avec un mouvement -”Aufstehen” (debout)- lancé comme un courant au sein de son parti en 2018 et qui n’avait été qu’un feu de paille. Sahra Wagenknecht est une solitaire qui reconnait ne pas avoir de grands talents d’organisation. Son équipe sera donc déterminante. Certains experts estiment qu’un tel mouvement dispose d’un potentiel non négligeable pour capter des électeurs de l’AfD, mais aussi d’autres partis ou des abstentionnistes. BSW veut se présenter aux élections européennes de juin 2024 et aux trois régionales dans l’Est du pays après l’été prochain.
Le sondage pour le quotidien “Bild Zeitung” (à droite) qui intègre le nouveau parti qui n’existe donc pas encore est à prendre avec des pincettes. Certes BSW récolte 14% des voix et talonne le SPD. L’AfD est la première victime de ce nouvel acteur. Mais un autre institut de sondage estime que seuls 3% des électeurs voteraient aujourd’hui à coup sûr pour le nouveau mouvement. Et en 2009, 18% des Allemands se disaient prêts à voter pour un parti totalement fantaisiste…
La constitution régionale impose d’aller vite. Jeudi dernier, moins de trois semaines après les élections, un contrat de coalition entre les chrétiens-sociaux et les Freie Wähler, ce parti indépendant de droite dont le leader ne crache pas sur le populisme, a été signé. Markus Söder (à gauche) rempile pour cinq ans avec ses alliés parfois inconfortables. Les FW, emmenés par leur leader Hubert Aiwanger (à droite), engrangent un ministère supplémentaire, fort de leurs bons résultats le 8 octobre dernier.
"We can do it! Le changement est féminin"
C’est une révolution. Pour la première fois de son histoire, le très masculin syndicat de la métallurgie, l’IG Metall, a élu une femme à sa tête. Christiane Benner qui a débuté comme secrétaire multilingue a gravi tous les échelons au sein de la puissante organisation forte de deux millions d’adhérents. Elle était depuis huit ans vice-présidente du syndicat.
L’élection de Christiane Benner avec un score de maréchale de 96% constitue une césure pour l’organisation. Elle doit aussi symboliser la nécessité pour l’IG Metall d’évoluer. Le syndicat représente le made in Germany traditionnel, à commencer par le puissant secteur automobile. L’organisation a certes gagné de nouveaux adhérents mais devra elle aussi affronter la transition du modèle économique allemand avec la transition énergétique en cours.
Plusieurs sections locales du parti social-démocrate ont déposé des demandes d’exclusion contre l’ancien chancelier (1998-2005) depuis le début de la guerre en Ukraine. Le compagnon de route de Vladimir Poutine, devenu lobbyiste de groupes énergétiques russes depuis son départ du pouvoir, sentait déjà le soufre au sein de son parti. Mais son refus de rompre avec son ami moscovite après février 2022 avait poussé certains à exiger son départ. Les tribunaux internes au SPD ont finalement rejeté ces demandes.
Fallait-il, comme pour chaque membre de base du parti, organiser une cérémonie pour un jubilé rondelet, à savoir le 60ème anniversaire de l’adhésion de Gerhard Schröder au SPD. Finalement, les convenances furent respectées et une cérémonie discrète et en petit comité a eu lieu vendredi dernier sur les terres de l’ex-chancelier à Hanovre.
"L'héritier d'une génération" FAZ
Il qualifie une personne ou un comportement pataud, stupide, désorganisé qui prête à rire : le terme « goofy » a été élu « mot jeune de l’année » 2023.
A l’heure où trois sites des instituts Goethe sont menacés de fermeture en France, le non renouvellement de la fréquence FM de Radio France Internationale à Berlin, un temps menacée, aurait constitué un coup de canif supplémentaire dans le maillage interculturel entre la France et l’Allemagne. L’autorité de régulation régionale a finalement décidé de renouveler la fréquence de RFI pour sept années supplémentaires.
La présence d’une radio française sur la bande FM berlinoise remonte à la fin des années cinquante. Les quatre alliés (URSS, USA, Grande-Bretagne et France) disposaient d’un émetteur. Ce fut longtemps France Inter qui fut diffusé à Berlin avec plus tard les programmes en allemand de RFI et des décrochages locaux des forces militaires françaises. Depuis le retrait des forces alliées en 1994, la fréquence est utilisée par RFI soit depuis près de trente ans. Elle a été renouvelée à plusieurs reprises. Un bureau fut ouvert en 1997 que votre serviteur occupe depuis. La conférence de presse annonçant cet ancrage local eut lieu aux Galeries Lafayette qui venaient d’ouvrir. La filiale berlinoise du grand magasin parisien vient, elle, d’annoncer qu’elle fermerait ses portes fin 2024.