La baisse des écologistes dans les sondages doublés par l’extrême-droite avait déjà été une première étape intermédiaire illustrant la montée en puissance de l’AfD et l’affaiblissement des verts. Ces derniers sont retombés au niveau qu’ils avaient atteint aux législatives de 2021 (ce dont les deux autres partis au pouvoir, le SPD et le FDP, ne peuvent que rêver). Dans cette étude d’opinion pour la première chaine publique ARD, l’extrême-droite grignote encore des points pour atteindre un nouveau record inédit depuis l’été 2018 et faire jeu égal avec les sociaux-démocrates, augmentant de huit points le résultat obtenu en septembre 2021.
L’impopularité du gouvernement explique largement ce succès. Un Allemand sur cinq seulement fait confiance à la coalition tricolore au pouvoir. Les querelles récurrentes entre les trois forces n’arrangent rien. Elles culminent actuellement autour du projet de loi prévoyant de n’autoriser à partir de 2024 que l’installation de nouveaux chauffages recourant pour au moins 65% à des énergies renouvelables. Les libéraux sont vent debout contre le projet de loi. Fait rare, ce dernier adopté en conseil des ministres doit faire une pause pour toute discussion parlementaire, le FDP bloquant le texte. Ce sujet concret qui concerne beaucoup de particuliers suscite des inquiétudes autour des coûts que la réforme signifie. Les trois quarts des Allemands s’estiment peu ou pas du tout informés sur ce projet de loi. Les deux tiers d’entre eux craignent des conséquences financières négatives. La presse populaire mène campagne avec virulence contre ces mesures. Et l’extrême-droite l’exploite évoquant une “dicature écologique” ou des méthodes “Stasi” (la police secrète est-allemande).
Les verts sont considérés comme responsables des déchirements au seinde la coalition par une majorité d’électeurs. La chute de popularité du ministre de l’Economie et du Climat, le vert Robert Habeck, se poursuit à toute allure. Le “monsieur tournant énergétique” est sur la défensive. La campagne menée par la presse populaire contre lui et les attaques de l’extrême-droite qui font des écologistes leurs ennemis directs n’arrangent rien pour le vice-chancelier.
L’électorat de l’AfD est composé d’un noyau dur qui pour les politologues a peu de chance de changer d’opinion à l’avenir. La radicalisation du parti et de ses sympathisants, le rejet des valeurs démocratiques, les thèses complotistes, autant de raisons pour lesquels beaucoup d’électeurs de l’AfD ne modifieront pas leur choix. Il n’empêche : les sondages montrent que les deux tiers d’entre eux votent pour ce parti parce qu’ils sont déçus par ses concurrents; un tiers est en revanche convaincu par les thèses du parti d’extrême-droite.
L’AfD, notamment sur les réseaux sociaux, est très active pour dénoncer les projets du gouvernement et attiser les inquiétudes des Allemands : la politique environnementale joue actuellement un rôle central pour un parti qui nie le réchauffement climatique. Les mesures envisagés par le pouvoir ne peuvent donc être que des punitions pour les Allemands. Mais la peur de l’immigration demeure bien sûr un thème central. Hors le nombre de réfugiés augmente sensiblement et le gouvernement veut faciliter les naturalisations et l’immigration choisie, autant de thèmes que l’AfD ne manque pas d’instrumentaliser. Les critiques contre le soutien militaire à l’Ukraine se poursuivent alors que le mouvement d’extrême-droite a tenté de se profiler comme “le parti de la paix”. Et des réformes sociétales sont dans le colimateur d’un parti qui soutient les valeurs traditionnelles. Il est vent debout contre un projet de loi facilitant le changement d’identité pour les personnes trans.
Les Turcs d’Allemagne et le vote Erdogan
Les deux tiers des Turcs vivant en Allemagne et qui ont participé au deuxième tour de la présidentielle dimanche dernier ont voté pour le sortant Erdogan. Dimanche soir, des cortèges de voitures et autres manifestations ont eu lieu dans différentes villes allemandes pour célébrer la réélection du chef de l’Etat turc.
Comment expliquer ce résultat ? D’abord, une majorité d’immigrés turcs venus en Allemagne est originaire d’Anatolie où l’AKP, le parti du président Erdogan, est bien implanté. Ce sont souvent des personnes conservatrices et religieuses qui se retrouvent dans les valeurs défendues par le président turc. Des valeurs transmises aux plus jeunes générations. Cela se retrouve dans le vote régional. A Berlin, où la communauté turque est plus diverse avec des Kurdes ou des opposants politiques d’Erdogan, le président réélu n’a pas franchi la barre des 50% dimanche dernier. Dans la ville de Essen, en revanche, il a recueilli près de 80% des voix.
"Nés ici, pas encore arrivés ?" (intégrés)
Par ailleurs, l’AKP, plus que l’opposition, est bien implanté dans les organisations et autres mosquées de la diaspora. Les médias turcs avec parfois des éditions allemandes sont très suivis et comme en Turquie proches du pouvoir. Il y a enfin un réflexe identitaire exploité par Erdogan : la carte nationaliste qu’il joue parle à ses concitoyens en Allemagne qui ne sentent pas toujours bien acceptés. Mais ce soutien massif doit être relativisé. Sur les trois millions de personnes qui sont originaires de ce pays, la moitié n’a pas la nationalité turque et ne peut donc pas participer aux élections. Et la participation n’a été que de 50% parmi les 1,5 d’électeurs turcs en Allemagne. A l’arrivée, ce sont donc 500 000 personnes sur trois millions qui ont voté pour le président Erdogan. Mais bien sûr, cela ne signifie pas que des non électeurs ne soutiennent pas le chef de l’Etat turc.
"Des supporters d'Erdogan bientôt Allemands ?" ("Bild Zeitung")
Ce vote a suscité des polémiques depuis dimanche soir. Et les critiques ne venaient pas uniquement du camp conservateur ou de l’extrême-droite. Le ministre de l’Agriculture, le vert Cem Özdemir, lui-même d’origine turque, a réagi sur Twitter avec ses mots : « Soyons honnêtes avec nous-mêmes : ces supporters d’Erdogan qui célèbrent sa victoire dans nos rues expriment en même temps leur rejet de notre démocratie. Comme l’extrême-droite. Cela doit nous inquiéter ». Le président de la communauté turque allemande a critiqué une réaction qui renforcerait les supporters d’Erdogan dans leur soutien au président turc ainsi que leur sentiment d’être mal acceptés dans la société allemande.
A droite, le vote de la diaspora turque est utilisé pour dénoncer la réforme du gouvernement qui doit permettre des naturalisations plus rapides et la double nationalité. Ce principe reste aujourd’hui la règle en Allemagne, même si les exceptions sont majoritaires (sept naturalisations sur dix en 2021). Elles deviendront à l’avenir la règle. Or, les chrétiens-démocrates ont toujours eu des états d’âme avec cette double appartenance. Il y a bientôt 25 ans, une campagne avait été lancée par la CDU lors d’une élection régionale contre la double nationalité prônée à l’époque par le gouvernement Schröder.
Avant même le vote de la réforme en préparation, les derniers chiffres montrent que le nombre de naturalisations a battu un record l’an dernier avec 170 000 soit une augmentation de 28%. Les Syriens (44 000) étaient le premier groupe concerné suivi des Turcs (14 000).
Extrême-gauche, activistes climatiques : quelles actions sont légitimes ?
Quatre militants d’extrême-gauche ont été condamnés mercredi à des peines de prison ferme pour des agressions violentes contre des néonazis. La principale accusée Lina E. a écopé de cinq ans et trois mois (le parquet avait requis contre elle une peine de huit ans de prison ferme). La jeune étudiante était devenue depuis son arrestation un symbole de l’extrême-gauche et son nom a fleurit sur de nombreux murs allemands. Après la condamnation par le tribunal de Dresde mercredi, différentes manifestations de solidarité avec Lina E. ont été organisées dans plusieurs villes, avec parfois des débordements violents. Une manif prévue aujourd’hui à Leipzig a été interdite. Des heurts sont à craindre. Le fait que l’intéressée ait été remise en liberté jusqu’à ce que son recours en cassation soit tranché n’a pas calmé ses soutiens.
Quel danger représente l’extrême-gauche violente ? La ministre de l’Intérieur l’a jugé grandissant. Au premier abord, les statistiques ne confirment pas cette impression : les délits criminels commis par cette mouvance ont reculé d’un tiers (7000 en 2022) tandis que ceux perpétrés par l’extrême-droite ont progressé (plus de 23 000). D’après les experts, le rapport de forces est plus équilibré si l’on ne prend en compte que les violences physiques et matérielles. L’office de protection de la constitution estime qu’un quart des 34 000 extrémistes de gauche répertoriés est potentiellement violent.
"Les extrémistes, vrais et supposés" caricature parue dans "Süddeutsche Zeitung"
Les perquisitions ordonnées la semaine dernière par la justice bavaroise dans sept régions allemandes contre des activistes du mouvement écologiste radical “Letzte Generation/Dernière génération” ont suscité des polémiques. L’organisation qui revendique 1200 sympathisants actifs à travers le pays fait parler d’elle depuis des mois avec des actions spectaculaires. Les plus récentes consistent à bloquer la circulation en se fixant avec de la colle forte à la chaussée ou aux véhicules. Les automobilistes dans les bouchons qui se créent apprécient peu et en viennent souvent aux mains. Mais peut-on pour autant parler d’une organisation criminelle comme le fait la justice bavaroise ? On peut en douter. Le mouvement en tout cas n’est pas populaire. Quatre Allemands sur cinq le condamnent. 58% des personnes interrogées dans un récent sondage approuvent les razzias menées la semaine dernière contre les activistes; 37% les jugent exagérées.
Economie
-l’Allemagne en récession : le produit intérieur brut a reculé de 0,3% au premier trimestre. Après une baisse du PIB de 0,5% entre octobre et décembre derniers, le pays est donc dans une récession technique. C’est une première depuis le recul du PIB pour cause de pandémie au premier semestre 2020. Les experts s’attendaient à une stagnation au premier trimestre.
-L’inflation en baisse : Le dernier taux annoncé cette semaine témoigne d’un recul plus rapide que prévu avec un rythme annuel de 6,1% après 7,2% au mois d’avril. Les coûts de l’énergie notamment ont baissé.
-L’inflation continue cependant de grignoter les hausses de salaires relativement importantes. Au premier trimestre, les salaires ont ainsi augmenté de 5,6% en moyenne par rapport à la même période de 2022. Il s’agit de la plus forte hausse sur trois mois depuis quinze ans. Mais l’augmentation des prix a conduit à une baisse des salaires réels au premier trimestre de 2,3%. La perte de pouvoir d’achat avait été de 4% en 2022 pour les salariés allemands.
"Enfin tout devient moins cher !" titrait le quotidien populaire jeudi.
-la CDU s’attaque à la retraite à 63 ans, mesure pourtant adoptée avec le SPD sous la direction d’Angela Merkel. Cette mesure permet à des salariés qui ont commencé à travailler très tôt et qui ont cotisé durant 45 ans de partir en retraite plus tôt (sans pertes financières s’ils sont nés avant 1953 ce qui n’est pas le cas de ceux nés ultérieurement). Les chrétiens-démocrates jugent cette mesure négative en raison de la hausse de l’espérance de vie et du manque de main d’oeuvre en Allemagne. La CDU évoque deux millions de personnes qui partent pour elle trop tôt à la retraite. Le SPD qui avait voulu cette réforme dénonce la proposition des chrétiens-démocrates. Une responsable sociale-démocrate dénonce “la CDU néo-libérale et anti-sociale”.
"Nous avons beaucoup plus d'ouvriers qualifiés depuis que la retraite à 63 ans a été supprimée" "Tagesspiegel"
-le TGV Paris-Berlin boudera-t’il Strasbourg ? La liaison directe tant attendue est prévue pour la fin 2024 d’après la Deutsche Bahn et doit relier les deux capitales en huit heures (et non plus sept comme envisagé au départ). Cette liaison ne s’arrêterait pas dans la capitale alsacienne au profit de Saarbrück, trajet plus court. Une hypothèse qui provoque une levée de bouclier d’élus de la région mais aussi à Paris où les craintes de voir Strasbourg, siège du parlement européen défavorisé, sont importantes. Le ministre des Transports français Clément Beaune demande à la SNCF de revoir sa copie et veut évoquer le dossier avec son homologue allemand.
-Consignes : les bons élèves sanctionnés ? Une nouvelle disposition de la commission européenne pour imposer une consigne à l’ensemble des pays membres de l’UE pays sur les bouteilles provoque des critiques en Allemagne. Une telle consigne est obligatoire ici pour l’eau minérale, la bière et autres boissons depuis 2003. La règlementation européenne obligerait l’Allemagne à détruire des millions de bouteilles pour en produire de nouvelles affichant la norme UE. Les producteurs de bière protestent et demandent à Bruxelles de faire une exception.
Culture
-Festival de Cannes : Sandra Hüller brille même sans prix
L’actrice allemande ne figurait pas au palmarès de la Croisette. Pourtant, elle était à l’affiche de deux films qui ont marqué à la 76ème édition du festival. Elle interprétait la femme du commandant du camp d’Auschwitz dans le film de Jonathan Glazer “The zone of interest”. Elle jouait également dans le film de Justine Triet “Anatomie d’une chute” qui a décroché la palme d’or. Le jury de Cannes ne distribue que sept prix pour la compétition et un film ne doit pas en recevoir plus d’un, cette règle explique que Sandra Hüller n’a pas reçu le prix de la meilleure actrice qu’elle aurait sans doute mérité.
-Un pass culture pour les jeunes de 18 ans en Allemagne. A partir de la mi-juin, 200 Euros seront offerts pour des billets de concerts, de cinéma ou des livres sur le modèle de ce qui est déjà pratiqué en France comme dans d’autres pays. Environ 100 millions ont été budgétés pour cette dépense dont 750 000 jeunes devraient profiter. Un bilan sera tiré à la fin de l’année pour décider si cette mesure sera ou non prolongée.
Un sondage de la fondation Bertelsmann montre que quatre jeunes Allemands sur dix ont le sentiment que l’offre culturelle traditionnelle ne s’adresse pas vraiment à eux. Les deux tiers d’entre eux ne s’intéressent pas au théâtre, à l’opéra ou aux concerts de musique classique. Cette étude montre que l’offre culturelle est souvent utilisée par une minorité (à l’exception du cinéma et des concerts de musique pop/rock). Mais en même temps, neuf Allemands sur dix jugent qu’il est important de conserver le paysage culturel particulièrement riche dans ce pays fédéral.
-Netflix soutient le tourisme allemand : la nouvelle série “Queen Charlotte” sur Sophie Charlotte de Mecklembourg-Strelitz qui épousa le roi George III et fut reine du Royaume-Uni de 1761 à 1818 suscite l’intérêt pour le Land du Mecklembourg Pomméranie antérieure d’où était originaire Charlotte. Des analysés de plateformes de réservations de voyages comme Expedia ont montré que l’intérêt pour la région d’origine de l’ex-reine allait grandissant, même si la série n’y a pas été tournée. https://www.youtube.com/watch?v=-DUXYyTkerU
-Vous avez aimer “Inglorious Bastards” de Quentin Tarantino, vous aimerez sans doute "Blood & Gold", film de guerre allemand dans lequel un groupe de villageois se bat contre des nazis à la recherche d'un trésor caché. https://www.youtube.com/watch?v=1Na2kCXqLO8
-Rammstein #metoo : le chanteur du célèbre groupe allemand Till Lindemann est au coeur d’une affaire sulfureuse après des révélations dans la presse sur un système de “rabattage” lors de ses concerts pour organiser des rencontres entre l’artiste et des jeunes femmes. Une douzaine d’entre elles ont raconté aux journalistes du quotidien “Süddeutsche Zeitung” et de la radio-télévision publique NDR comment ce système fonctionnait. Des captures d’écran des messages échangés en amont viennent appuyer leur récit. Une jeune Irlandaise a raconté comment elle aurait été droguée et ne pouvait pas se rappeler le lendemain de sa rencontre avec Till Lindemann ce qui lui était arrivé. Le groupe a réjeté sur Twitter ces accusations. Une première conséquence de ces révélations est la décision de la maison d’édition Kiepenheuer und Witsch qui publiait des textes de Till Lindemann de mettre fin à cette collaboration.
"Le système Lindemann"
-les Elevator Boys, un boy band à succès qui ne chante pas
Cinq jeunes Francfortois qui au départ prenaient souvent des photos dans les ascenseurs se produisent aujourd’hui aux côtés de Brad Pitt ou de Heidi Klum ou lors de présentations de mode à Milan ou à New York. Les cinq garçons dans le vent partagent désormais un loft à Berlin. Ils bombardent leurs nombreux followers de photos et de videos (2,2 millions sur Tiktok, un million sur youtube https://www.youtube.com/channel/UCNO27KHJzJ6tN7aGTaUzoNw 350 000 sur Instagram https://www.instagram.com/elevatorboys/?hl=de) sur leur vie quotidienne et les épisodes glamour de leur vie d’influenceurs.
