Au menu de cette Lettre d’Allemagne également :
les soubresauts politiques après les régionales de septembre avec l’électon d’un président AfD au parlement de Saxe-Anhalt et les débats ininterrompus autour d’une possible coalition de gauche à Berlin
l’AfD victime d’un piratage informatique qui révèle des informations embarrassantes
la démission de la ministre sociale-démocrate du Travail et ses conséquences pour le SPD
un ancien patron des services secrets accusé d’avoir livré des informations à d’autres pays
le retour -provisoire- du train direct (de jour) entre Paris et Berlin
la fin après cinquante ans du célèbre magazine féministe “Emma”
La couverture des médias allemands a été abondante ces derniers jours. Les correspondants sur place n’ont pas chômé (ils sont il est vrai bien plus nombreux que leurs homologues français à Berlin). Des collègues ont été envoyés en renfort. Des experts, allemands ou français, ont expliqué ou tenté d’expliquer ce qui se passe en France. Des talk shows ont été consacrés aux événements dans le pays voisin.
Dimanche 25 octobre : la célébre émission de la chaine publique ARD qui réunit des journalistes était consacrée à la France. “La montée de la violence : des signes avant-coureurs pour l’Allemagne ?”
Cela n’est pas la première fois que nos voisins tentent de comprendre les racines d’éruptions sociales récurrentes en France qui prennent des formes inhabituelles de ce côté du Rhin. Les analyses des médias étaient partagées comme dans l’Hexagone lui même. La presse de gauche met avant tout l’accent sur les problèmes sociaux qui motivent les manifestants.
Les médias conservateurs s’inquiètent eux d’une possible exportation des protestations françaises et notamment des violences.
“De Paris à Berlin : l’intifada est à nos portes”
Dans ce registre, le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt (CSU), a eu des propos particulièrement fermes, dénonçant au passage la possible arrivée au pouvoir du parti Die Linke à Berlin (voir ci-dessous) : “Ceux qui refusent de dire que des extrémistes de gauche et des personnes isssues de l’immigration font front commun dans la rue contre la démocratie n’ont pas compris la situation”.
Une mobilisation de lycéens allemands confrontés à une situation toute aussi critique dans leurs établissements est annoncée pour samedi prochain dans différentes villes. A droite, on dénonce les tentatives de récupération par des groupes de gauche ou d’extrême-gauche qui ont d’autres objectifs que l’amélioration de la situation dans les lycées allemands. Au-delà, l’insatisfaction au sein de la population est comparable à celle qu’on constate en France : rejet massif du gouvernement Merz, pouvoir d’achat, réformes sociales perçues avant tout comme une remise en cause des acquis sociaux…
Pour autant, une explosion comme en France reste peu probable. Cela s’explique par une culture de la protestation plus pacifiée. Mais aussi en raison d’une stratégie différente de la police allemande : mieux formée et misant sur la désescalade, avec un armement moins militaire, elle s’efforce de briser dans l’oeuf de possibles dérapages en isolant des éléments violents au sein des manifestations. Et si de nombreux conflits se “règlent” dans la rue en France, c’est aussi en raison du manque de dialogue entre les citoyens et le pouvoir et parce que les corps intermédiaires (syndicats, partis, églises, ONG, régions…) sont bien plus faibles qu’en Allemagne.
“Violences, émeutes : ils sont comme ça les Français !”
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Une coalition dirigée par Die Linke à Berlin :
le landernau politique sens dessus dessous
Cinq semaines après les élections dans la capitale allemande, la possible constitution d’une coalition emmenée par Die Linke, grand vainqueur du scrutin avec près de 26% des voix, avec les Verts et le SPD contitue d’attiser les débats, à Berlin mais aussi au-delà. Samedi, lors du congrès de la CSU bavaroise, Friedrich Merz a estimé qu’une telle alliance constituerait “une grave hypothèque”. Le chancelier a en même temps remercié les responsables sociaux-démocrates qui ont pris position contre une telle coalition à Berlin. Friedrich Merz a aussi évoqué des personnes “convenables” chez les écologistes qui font aussi la grimace. Une allusion sans le nommer au ministre-président vert du Bade-Wurtemberg, Cem Özdemir, qui a dénoncé une entente de son parti à Berlin avec Die Linke.
Un sondage de la chaine publique ZDF de vendredi montre qu’une majorité d’Allemands -56%- verrait d’un mauvais oeil une telle coalition. (42% des sympathisants sociaux-démocrates et un quart des supporters écologistes partagent ce point de vue négatif). 26% des personnes interrogées soutiennent une telle alliance.
Pourquoi tant de débats alors que Die Linke a été associée au pouvoir dans la capitale allemande avec le SPD entre 2002 et 2011 et avec les sociaux-démocrates et les écologistes de 2016 à 2023 ? On ne se souvient pas que la ville était alors à feu et à sang. Durant la première période, la mairie a mis en place une cure d’austérité inédite et a vendu les bijoux de famille dont des sociétés immobilières dont Die Linke prône aujourd’hui l’expropriation… Le parti de gauche a été associé au pouvoir et le reste dans différentes régions, à l’Est avant tout, mais aussi à Brême dans l’ex-RFA. Enfin, Berlin ne sera pas le premier Land où Die Linke pourrait diriger une coalition. Bodo Ramelow était à la tête d’une coalition des trois partis de gauche durant dix ans en Thuringe bénéficiant d’une popularité bien au-delà des rangs de son mouvement. Cette personnalité reconnue est aujourd’hui vice-président du Bundestag.
“La femme la plus dangereuse d’Allemagne” : la une du quotidien de gauche sur Elif Eralp (Die Linke) qui pourrait devenir mairesse de Berlin fait référence à celle de l’hebdomadaire “Der Spiegel” consacrée à la tête de lice de l’AfD en Saxe-Anhalt Ulrich Siegmund
Plusieurs raisons expliquent les débats actuels. D’abord, le parti de gauche qui a remporté clairement les élections berlinoises n’est plus le même que celui qui était encore en lice récemment. Le mouvement s’est profondément renouvelé et a doublé le nombre de ses membres durant l’année 2025 passant de 60 000 à 125 000 adhérents. Cette évolution impressionnante qui se traduit également au sein de l’électorat va de pair avec un rajeunissement sensible et une radicalisation qui s’illustre notamment sur la question israélo-palestinienne. Ce sujet a donné lieu à de nombreuses polémiques. Des responsables de Die Linke dont d’anciens adjoints au maire à Berlin ont quitté leur parti après le 7 octobre 2023 dénonçant des dérives qu’ils jugeaient antisémites. Ces débats ont marqué la campagne et les dernières semaines depuis le scrutin et expliquent dans une large mesure pourquoi certains à gauche ont des états d’âme et pourquoi les conservateurs tirent à boulets rouges (sic) contre une possible arrivée au pouvoir de Die Linke dans la capitale allemande.
“Discussions exploratoires Berlin : “Il faut d’abord changer le foulard !” (keffieh palestinien)
Die Linke, le SPD et les Verts se sont mis d’accord sur une déclaration sur le Moyen-Orient qui doit être intégrée dans un contrat de coalition futur : le droit à l’existence d’Israël n’est pas négociable, la communauté juive et ses institutions doivent être mieux protégées par les services de sécurité (police, office de protection de la constitution que Die Linke voulait supprimer), rejet des boycotts contre Israël notamment les initiatives du mouvement BDS, sanctions possibles contre des députés de la majorité qui ne respecteraient pas ces règles. Cette déclaration a suscité des grincements de dents parmi la franche la plus à gauche et la plus pro-palestinienne de Die Linke. Une députée du mouvement largement élue dans sa circonscription est sur la sellette. Elle pourrait être exclue du groupe parlementaire du parti de gauche au parlement régional berlinois.
"Exproprier les sociétés immobilières”
L’autre sujet qui agite les esprits et pas seulement à Berlin, c’est l’expropriation de sociétés immobilières privées, revendication centrale de Die Linke qui entend appliquer un référendum d’initiative populaire de 2021 lors duquel six personnes sur dix avaient soutenu ce projet. Plus largement, la question du logement dans une ville où il est quasi impossible de trouver un appartement et où les prix de l’immobilier locatif ont doublé en dix ans figurait au centre des préoccupations des électeurs. Die Linke a misé massivement sur ces inquiétudes ce qui explique en partie son succès dans les urnes le 20 septembre dernier.
Le candidat du SPD, Steffen Krach, dont le parti a subi une déroute historique il y a cinq semaines avait déclaré durant la campagne qu’il rejettait toute expropriation. Mais les promesses électorales n’engagent, on le sait, que ceux qui y croient. Au terme de discussions exploratoires, Die Linke obtient gain de cause mais doit mettre un peu d’eau dans sa bière. Le parti de gauche voulait exproprier toutes les sociétés immobilières détenant plus de 3000 logements. La barre est placée désormais à 10 000; ceux qui ont été construits après 2021 sont exclus de cette mesure. 160 000 unités resteraient concernés. La somme à verser aux propriétaires est limitée à 16 milliards d’Euros soit 100 000 Euros par logement, très loin du prix réel. Les avocats se frottent déjà les mains. Les tribunaux vont avoir du pain sur la planche. L’accord prévoit également que la somme de seize milliards d’Euros prévue dépendra également des capacités financières de Berlin. Remarque à garder en mémoire au vu des difficultés budgétaires de la capitale allemande.
L’ours berlinois (le symbole de la ville) joue les alchimistes amateurs pour trouver le subtil dosage entre les programmes de Die Linke, des verts et du SPD. D’aucuns, à l’arrière-plan, préfèrent prendre la fuite. La petite souris -très Plantu- a mis par précaution un masque à gaz.
Ce projet d’expropriations suscitent l’ire des conservateurs qui dénoncent en substance le retour de la RDA communiste. Les milieux d’affaires à commencer par le secteur immobilier pensent également pis que pendre de l’objectif des possibles coalitionnaires. Ses défenseurs se fondent sur l’article 15 de la loi fondamentale (constitution) qui n’a jamais été utilisé depuis la guerre. Hormis les recours devant la justice, le gouvernement fédéral envisage d’adopter une loi rendant impossible le projet des partis de gauche berlinois. Mais les experts estiment que cela ne sera pas simple juridiquement non plus…
Les défenseurs de ces expropriations veulent limiter pour les logements publics les hausses de loyer à 2% par an et espèrent que le poids plus important du secteur aux mains de la ville contribuera à réduire la pression à la hausse sur les loyers. Les détracteurs du projet soulignent eux que beaucoup de ces logements nécessitent une rénovation et que les sociétés immobilières ont besoin de moyens à cette fin. Les entreprises qui seraient frappées par ces expropriations offrent par ailleurs des logements à des prix raisonnables (entre 8,30 Euros le mètre carré chez Vonovia et 10,80 Euros pour les nouveaux contrats). Enfin, de telles expropriations ne réduiraient en rien le manque criant de logements à Berlin. Linke, SPD et écologistes veulent en construire 100 000 durant la législature qui commence. A voir car toutes les promesses de ce genre dans le passé ont été un leurre.
L’accord de 25 pages entre Linke, SPD et Verts présenté le week-end dernier a été entériné par les instances dirigeantes des sociaux-démocrates et des écologistes. Le parti de gauche doit en faire de même à la fin de la semaine prochaine lors d’un congrès. Des négociations de coalition en bonne et due forme devraient commencer ensuite début novembre. Leurs résultats seront également soumis à l’approbation des trois partis. Au SPD où des états d’âme s’expriment, d’aucuns souhaitent que tous les membres du parti à Berlin, plus réticents que la direction, soient consultés.
Un président AfD pour le parlement de Saxe-Anhalt
grâce aux voix de la CDU ?
L’élection régionale dans cette région d’Allemagne de l’Est avait déjà fait la une des médias du monde entier début septembre lorsque le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne y a emporté un score historique de près de 44% et frôlé la majorité absolue en sièges au parlement régional.
Un mois plus tard, la première session de la nouvelle Diète a donné lieu à un nouveau tremblement de terre politique. Le candidat de l’AfD pour la présidence du parlement régional a été élu dès le premier tour grâce aux voix son parti et et de celles du mouvement BSW ce qui était attendu. Mais Tobias Rausch a obtenu quatre voix supplémentaires alors que la CDU avait annoncé que tous ses députés s’abstiendraient comme un seul homme. Le vote est secret mais la probabilité étant mince que des élus de gauche aient voté pour un candidat AfD, tous les regards se portent vers les chrétiens-démocrates.
“Qui nous a trahi ? Quatre chrétiens-démocrates ?” s’interrogeait en une le lendemain le quotidien de gauche. La photo montre le ministre-président sortant Sven Schulze (CDU) à droite félicitant le nouveau président du parlement régional Tobias Rausch.
Ce résultat et les débats autour du vote d’élus CDU ont suscité une vive polémique. Les chrétiens-démocrates ont été accusés de remettre en cause “le mur pare-feu” contre l’AfD. Un positionnement qui trahit les divisions au sein de la CDU à l’Est où d’aucuns ont visiblement moins de problèmes à discuter et un jour peut-être à s’allier à l’AfD. Ce week-end encore à Munich, Friedrich Merz a déclaré : “Ceux qui donnent leur voix à un élu de l’extrême-droite n’ont rien à faire au sein de notre parti”. Les mouvements de gauche ont dénoncé le comportement présumé d’élus conservateurs. A la CDU, on s’inquiète avant le vote prévu à la mi-décembre d’un nouveau chef de gouvernement en Saxe-Anhalt. Et si à nouveau des députés chrétiens-démocrates avaient moins d’états d’âme que leur direction. La fédération régionale du parti ne veut prendre aucun risque et a annoncé que ses élus quitteront l’hémicycle lors du vote qui pourrait déboucher sur l’élection du patron de l’AfD dans la région Ulrich Siegmund. Mais déjà, un député chrétien-démocrate a affirmé qu’il ne se plierait pas à cette consigne…
“Vous voyez ici les ruines du mur pare-feu de la CDU contre l’AfD et à l’arrière-plan les restes de la CDU”
Le rapprochement entre le parti d’extrême-droite et le BSW, ce mouvement de gauche aux positions fermes sur l’immigration et pro-russe, s’est rapidement illustré en Saxe-Anhalt. Les deux mouvements qui disposent ensemble d’une majorité absolue ont voté une résolution demandant la fin des livraisons d’armes à l’Ukraine. Malgré ce rapprochement, le BSW a annoncé vouloir s’abstenir lors de l’élection du nouveau ministre-président en décembre.
“Ambiance de fête en Saxe-Anhalt” où l’on voit l’AfD et le BSW sur les genoux de Poutine
Chrétiens et sociaux-démocrates :
la poutre et la paille dans l’oeil du voisin
Les péripéties post-électorales à Berlin et en Saxe-Anhalt attisent les animosités au sein de la coalition du chancelier Merz. Tandis que les chrétiens-démocrates dénoncent le soutien de leurs alliés à une candidate de Die Linke Elif Eralp qu’ils rejettent fermement, le SPD dénonce le risque qu’à l’Est le cordon sanitaire anti-AfD ne soit remis en cause.
“Noir-rouge” (les couleurs des partis chrétiens et sociaux-démocrates). “Ils se dispuent en permanence, ils ressortent et disent que tout va aller mieux et qu’ils restent ensemble pour nous les enfants”
Ces débats vont au-delà des partis au pouvoir puisque la direction nationale des Verts (et certaines fédérations) voit d’un mauvais oeil l’alliance des écologistes et de Die Linke dans la capitale. Les responsables nationaux du mouvement craignent qu’une telle alliance ne nuise à la crédibilité du mouvement avant de nombreuses élections régionales l’an prochain.
Démission de la ministre du Travail et vice-présidente du SPD Bärbel Bas
Si la CDU est en difficulté avec un chancelier qui bat des records d’impopularité, des échecs électoraux aux régionales de septembre et des sondages historiquement bas sous la barre des 20%, le SPD, allié au pouvoir des conservateurs, ne se porte guère mieux.
La démission surprise par un communiqué de la ministre des Affaires sociales et co-présidente du parti le 12 octobre est un coup dur pour le parti. L’ancienne présidente du Bundestag de 2021 à 2025 est une des rares figures du SPD qui incarne l’idéal social-démocrate. Fille d’un chauffeur de bus et d’une femme au foyer, elle a souvent racontré comment elle devait aller quémander dans sa jeunesse auprès des services sociaux pour avoir de quoi s’acheter de nouvelles chaussures. Bärbel Bas, originaire de la Ruhr, représentait aussi le SPD d’hier, un parti qui bénéficiait d’un soutien important de la classe ouvrière et des petites gens.
Bärbel Bas aux côtés de Lars Klingbeil, ministre des Finances et co-président du SPD
Cette représentante de l’aile sociale du parti social-démocrate n’était pas emballée par un certain nombre de réformes sociales de la coalition au pouvoir à commencer par celle des retraites. Les chrétiens-démocrates lui reprochaient régulièrement de faire de la résistance et l’absence d’un projet de loi bien que la coalition se soit mise d’accord fin juin sur une réforme historique du système de retraites.
Lorsqu’elle annonça sa démission Bärbel Bas a mis en avant un deuil -la mort de sa belle-fille- mais aussi dénoncer “les attaques publiques” à son encontre. Des critiques contre les chrétiens-démocrates reprises par d’autres responsables SPD. Le parti n’a pas tardé pour trouver un remplaçant à Bärbel Bas. Son successeur au ministère des Affaires sociales et l’ancien ministre-président de la Rhénanie Palatinat Alexander Schweitzer, battu au printemps dans sa région par la CDU.
Bärbel Bas a non seulement abandonné son poste ministériel, elle a aussi quitté la co-présidence du SPD ce qui oblige le parti à rebattre les cartes. Un congrès en janvier doit élire une nouvelle direction. Les critiques contre les deux responsables sortants se faisaient jour. Appartenir au gouvernement et diriger un parti qui en est membre laisse peu de temps pour gérer l’organisation et la discipline gouvernementale ne permet pas aux dirigeants d’avoir la liberté de langage pour mettre en avant comme cela serait nécessaire les propositions du SPD.
Une nouvelle direction bicéphale dirigera le parti à l’avenir. Des noms circulent mais des candidatures en bonne et due forme se font attendre. On évoque les chouchous des sondages du SPD, le ministre de la Défense Boris Pistorius mais son job de ministre est suffisamment prenant et la ministre-présidente du Mecklembourg Manuela Schwesig qui ne manque pas une occasion de critiquer rudement le chancelier.
Economie
-les baisses d’impôts devront attendre
Des chrétiens-démocrates voient d’un mauvais oeil un certain nombre de taxes supplémentaires pour les consommateurs (sur les boissons sucrées, pour les fumeurs ou le plastique) et veulent que les contribuables bénéficient de baisses d’impôts.
Les recettes fiscales doivent augmenter mais les experts, comme le ministre des Finances, estiment que l’heure n’est pas à des baisses d’impôts. Si des fonds spéciaux n’ont soumis à la règle d’or ont été adoptés, l’orthodoxie budgétaire demeure pour le budget courant. En 2028, il y aura un trou de vingt milliards à combler et l’année suivante, lorsque les prochaines élections générales doivent avoir lieu, ce sont 40 miliards d’Euros qu’il faudra trouver.
Il y a quelques jours, des patrons de région ont plaidé pour une baisse des taxes sur l’électricité. Celle-ci n’a eu lieu que pour certaines entreprises mais pas pour les particuliers malgré l’engagement pris. Cela aurait pu être en partie financé si des réductions de taxes sur les carburants (au printemps et au quatrième trimestre) n’avaient pas été adoptées. Ces mesures pas forcément efficaces, socialement injustes auront coûté au fisc cette année plus de quatre milliards d’Euros. Une baisse des taxes sur l’électricité qui concerne chaque foyer aurait elle coûté 5,4 milliards.
-retraite privée par capitalisation pour les jeunes
La réforme récemment votée au parlement prévoit que l’Etat versera dix Euros par mois et par enfant entre 6 et 18 ans sur un compte individuel investi sur les marchés financiers. Parents et grands-parents pourront compléter ces versements. L’Etat mise sur des placements à long terme pour constituer dès l’enfance un complément de retraite. Selon les autorités, les seuls versements publics pourraient amener la valeur du dépôt à environ 53 000 Euros à l’âge de 65 ans et jusqu’à 160 000 Euros si parents et grands-parents mettent la main au porte-monnaie. Pour l’Etat, la mise est de 1440 Euros par enfant sur douze ans. Le coût de la nouvelle aide est évalué à 200 millions pour l’Etat en 2027 pour atteindre 410 millions en 2030. Le calcul généreux de l’Etat table sur des intérêts de 7% en moyenne. A l’arrivée, cela dépendra bien sûr de l’évolution des marchés.
-accord sur le “made in Europe” dans l’automobile
La France et l’Allemagne ont montré que des accords restent possibles et que les deux pays peuvent influer sur des décisions européennes. Après un compromis au début du mois pour demander à la commission européenne de durcir sa position sur le commerce avec la Chine (une petite révolution pour Berlin), les deux pays ont proposé un compromis pour assouplir l’interdiction des moteurs thermiques à partir de 2035.
Les constructeurs devront réduire leurs émissions sur les ventes de voitures neuves de 90% et non plus de 100%. Cette flexibilité leur sera accordée sans obligation de compensations en achetant de l’acier vert. L’Allemagne a aussi obtenu que les supercrédits de CO2 ne se limitent pas aux petites voitures électriques. La France de son côté avance sur le “made in Europe” qui doit donner droit à des bonus, à des avantages fiscaux et aux marchés publics.
-retour (provisoire) du train de jour direct Paris/Berlin
La connexion rappelle l’effeuillage des marguerites : il roule/il ne roule pas/il roule/il ne roule pas. Le train direct entre les deux capitales est frappé comme son homologue nocturne d’un mauvais sort. La liaison avait été interrompue en juillet dernier. Depuis, un changement était à nouveau nécessaire ce qui peut aisément se transformer en cauchemar en raison des retards de Deutsche Bahn.
L’arrêt du train de jour direct cet été n’était pas liée à des raisons économiques. Au contraire, les trains sur cette liaison avaient un taux de remplissage de 80% et les trois quarts des passagers les utilisaient pour effectuer le trajet complet entre les deux capitales soit environ huit heures. Les raisons de l’interruption en juillet dernier était technique et liée à des normes techniques différentes entre les différents rames utilisant l’ETCS ou système européen de contrôle des trains. Sur le papier, il doit permettre de mettre fin aux nombreux systèmes de signalisation et de sécurité pour franchir les frontières sur un réseau aux normes unifiées. Mais ça n’est pas aussi simple…
Le train de jour direct entre Paris et Berlin est de retour le 13 décembre avec une liaison par jour dans chaque sens. Il partira de la capitale allemande vers sept heures du matin pour arriver à 15 heures à Paris/Est après des arrêts à Halle, Erfurt, Francfort, Mannheim, Karlsruhe et Strasbourg. Dans l’autre sans, le train quittera Paris à 11 heures pour arriver à 19 heures à Berlin.
Ne vous réjouissez pas trop vite pour autant. La prochaine interruption de la liaison directe est déjà programmée pour… février et ce pour trois mois pour cause de travaux.
L’AfD victime d’un piratage informatique d’ampleur
Le parti d'extrême droite a annoncé une cyberattaque en septembre 2026. 630 000 données sont concernées dont 420 000 courriels, certains contenant des données sensibles de dirigeants. L’AfD a expliqué que l'attaque a été «rapidement détectée et neutralisée» et que les personnes concernées ont été informées.
“Quelles informations vont encore percer ?”
Différents médias qui ont accès à ces données s’efforcent désormais de les passer au crible pour savoir si elles peuvent révéler des informations intéressantes sur les coulisses de l’AfD. L’hebdomadaire “Der Spiegel” estime ainsi que la co-présidente du parti Alice Weidel était au courant de versements venus de Suisse à son profit durant l’été 2017 à une date antérieure à celle qu’elle a avancée officiellement. Il semblerait même d’après le magazine que la responsable de l’AfD n’aidait pas seulement au fait de ces versements plus tôt mais aurait joué un rôle actif dans l’opération. D’autres révélations ne sont donc pas exclues en raison de l’importance des données à analyser.
L’ancien chef des services secrets allemands accusé d’espionnage
Le BND se serait bien passé d’un tel scandale alors que l’organisation est en pleine restructuration. L’arrestation de l’ancien patron des services secrets August Hanning a fait l’effet d’une bombe. Certes l’intéressé a dirigé le BND il y a longtemps entre 1998 et 2005 lorsque le social-démocrate Gerhard Schröder était au pouvoir. Mais l’homme ne s’est pas retiré des affaires ensuite. Il aurait continué à recevoir des informations de ses anciens collègues. Son ex-chef de cabinet qui est resté longtemps en poste après le départ de Hanning conservait des contacts avec son ancien patron. Il a lui aussi été arrêté.
“Des fuites ?”
August Hanning est soupçonné d’espionnage au profit de puissaces étrangères auxquelles il aurait fourni des informations. D’après les médias allemands, il s’agirait de l’Azerbaïdjan et de la Chine.
“Emma” : l’organe central du féminisme allemand raccroche après 50 ans
Alice Schwarzer reste à 83 ans une figure centrale du combat des femmes allemandes même si la nouvelle génération ne se reconnait plus toujours dans les causes de l’octogénaire et certains de ses combats qui ont beaucoup polarisé.
Cette francophone a été profondément marquée par la France où elle séjourne très jeune comme fille au pair après durant quatre comme journaliste de 1970 à 1974. Elle est marquée par les débats sociétaux de l’époque et fait notamment fait la connaissance de Simone de Beauvoir dont elle contribue à faire connaître les thèses en Allemagne. Son livre “La petite différence et ses grandes conséquences” est un énorme succès de librairie et traduit en 13 langues. Quelques semaines après “le manifeste des 343” en France en 1971 dans lequel des femmes reconnaissent avoir avorté, Alice Schwarzer lance une initiative similaire en Allemagne publiée dans le magazine “Stern”.
“Nous avons écrit une page d’histoire”
Le magazine “Emma” (émancipation) est lancé en 1977. Il a depuis accompagné de nombreuses luttes féministes comme les violences conjugales, le droit à l’avortement ou les abus sexuels sur les enfants. Alice Schwarzer a aussi mené des combats qui ont polarisé au sein même du mouvement féministe contre la pornographie, la prostitution, l’islamisme ou les personnes trans. Plus récemment, son engagement contre une poursuite des livraisons d’armes à l’Ukraine aux côtés de la dirigeante du parti BSW a également suscité de vives polémiques.
La rupture générationnelle avec des femmes plus jeunes est patente. Les chiffres de vente d’Emma ont sensiblement baissé (15 000 exemplaires aujourd’hui). Si Alice Schwarzer a annoncé il y a quelques jours que le numéro du 8 décembre, à quelques encablures du 50ème anniversaire du magazine, sera le dernier, elle ne met pas les raisons économiques en avant pour justifier sa décision.
“La fin du matriarcat. Alice Schwarzer annonce la fin de “Emma” qu’elle a dirigé d’une main de fer durant cinquante ans. Son héritage pour le féminisme est mitigé”
